Kael et le dragon : le vrai combat n’est peut-être pas celui qu’on croit

Kaël et le dragon
À lire si vous aimez : Les albums jeunesse qui donnent aussi matière à discuter avec les enfants, Découvrir d’autres cultures à travers une histoire
Kaël est un jeune prince que tout le monde dit courageux et fort.
Mais Kaël a un secret : il ne pleure jamais. « Je veux être fort comme les rois avant moi ! », répète-t-il à qui veut l’entendre.
Lorsque vient son épreuve de bravoure, affronter un dragon cracheur de feu, le petit prince entame un voyage au cours duquel chaque rencontre vient doucement bousculer ses certitudes.
Et face au dragon, quelque chose d’inattendu se produit.
Quelque chose que ni son épée ni sa couronne n’auraient pu accomplir.
Mon analyse
Qui a prétendu que ne pas pleurer rendait fort ? La société, peut-être ?
Quand on est un petit garçon, un homme, on se doit d’éviter les larmes, de serrer les dents et de porter le monde sur ses épaules, bien que les femmes sachent très bien le faire aussi, soit dit en passant.
« Fillette ! », « C’est une fille ! »… Des phrases qu’on entend encore lancer à des bambins, voire à des hommes, qui osent verser une larme.
Et pourtant…
Kaël et le Dragon est justement là pour rappeler aux plus jeunes que le cœur mérite, lui aussi, qu’on lui laisse un peu de place.
Une histoire sur la force des émotions, pour tous les petits cœurs qui apprennent encore à s’ouvrir et pour tous ceux à qui on a déjà répété que « les garçons, ça ne pleure pas ! ».
Direction Haïti !
L’histoire nous emmène sur une île inspirée d’Haïti où, en quelques pages seulement, les références culturelles et naturelles sont nombreuses.
Kaël, notre jeune héros, porte notamment un costume évoquant Toussaint Louverture, figure de la révolution haïtienne.
Au cours de son voyage, il croise également quelques habitants à poils, à plumes ou à écailles : le palmchat, qui construit d’immenses nids communautaires dans les palmiers, l’iguane rhinocéros, malheureusement menacé d’extinction, ou encore le lamantin, lui aussi menacé et devenu extrêmement rare.
Ces animaux forment clairement la sagesse de l’île. Une mémoire qui vol, nage et court et qui explique au roi que régner n’est pas montrer qu’on est fort, mais pouvoir d’abord s’accepter comme l’on est et avec ses sentiments.
Et comprendre ses sentiments amène l’empathie !



En parcourant l’île, notre petit roi rencontre donc son peuple, mais également tous ces animaux qu’un roi se doit, lui aussi, de protéger.
Et à chaque rencontre, Kaël reçoit une petite leçon. Pas la grosse morale assénée à coups de marteau, rassurez-vous. Plutôt quelques mots qui viennent doucement bousculer ce qu’il pense savoir de son cœur, de ses larmes et de ses émotions.

Et puis vient le dragon…
Après ces rencontres, voilà enfin le fameux dragon. Celui qu’il faut combattre.
Celui face auquel un roi doit sortir son épée, faire preuve de courage et, évidemment, ne surtout pas pleurer.
Enfin… vraiment ?
Le dragon devient ici une jolie métaphore. Les enfants n’y verront probablement qu’un dragon, et c’est très bien comme ça, mais les adultes pourront y lire autre chose.
Depuis le début, Kaël pense qu’être fort signifie ne pas pleurer. Face au dragon, il devrait donc faire ce qu’on attend d’un héros : sortir son épée, être courageux et ne montrer aucune faiblesse.
Sauf que son véritable combat n’est peut-être pas contre ce gros lézard qui crache du feu.
Kaël pense qu’être fort, c’est ne pas pleurer, ne pas montrer ses émotions et affronter les difficultés sans faiblir.
C’est cette vision de la force que son voyage va remettre en question.
Non, je ne montrerai pas le combat avec le dragon.
Vous vous y attendiez pas , hein ?
Acheter le livre pour le voir !
Le dragon peut alors représenter ces émotions que l’on contient, cette peur de paraître faible ou ce cœur qui risque de devenir un peu trop dur à force de tout garder à l’intérieur.
Et Kaël ne « gagne » finalement pas grâce aux attributs habituels du héros : ni son épée, ni sa couronne, ni sa force ne suffisent. (ouin pardon, je vous spoile ce livre de 32 pages, sorry ! Mais j’imagine que vous êtes parents et que ce livre vous intéresse !)
C’est là que j’aime particulièrement le message de cet album : le dragon qu’il devait terrasser lui apprend finalement qu’il n’a pas besoin de terrasser ses émotions.
Et si le véritable dragon à affronter n’était finalement pas celui qui crache du feu, mais cette vieille idée selon laquelle être fort signifie ne jamais pleurer ?
Un album qui vient du cœur
Franco-haïtienne, Hashley Auguste, autrice et productrice de dessins animés, confie :
« J’aurais aimé, plus petite, qu’on me dise que j’avais le droit de pleurer. »
À partir de là, on comprend mieux d’où vient cette histoire.
Et elle réussit à faire passer son message sans oublier à qui elle s’adresse : des enfants. Tout en glissant au passage un petit rappel aux parents que, oui, eux aussi ont un cœur.
Il faut également parler du travail de Myriam Issa, qui nous embarque dans cet univers avec des illustrations aux couleurs chaudes, vibrantes et lumineuses. Elles donnent vraiment à l’album cette sensation de voyage sous le soleil.

Et derrière tout ça, AYO Éditions
Derrière l’album, on retrouve une jeune maison bruxelloise que j’apprécie particulièrement pour ce qu’elle apporte à la littérature jeunesse : AYO Éditions.
Fondée par Médiatrice Mujawamariya, Alicia Eyongo et Katenda Bukumbabu, la maison est née notamment d’un constat : le manque de diversité dans la littérature jeunesse francophone.
Et c’est précisément ce que j’aime dans leur proposition.
La diversité n’est pas « le sujet » du livre. Elle est simplement là. Dans les personnages, dans les décors, dans les références culturelles, dans les histoires racontées.
Les enfants peuvent découvrir d’autres univers et, surtout, certains peuvent enfin retrouver dans les livres des héros qui leur ressemblent.
Et ça aussi, mine de rien, ça compte.
Kaël et le Dragon est donc un joli album jeunesse, coloré et accessible, qui parle d’émotions sans transformer la lecture en leçon.
Parce qu’un enfant qui pleure n’est pas moins fort.
Et peut-être qu’avant d’apprendre à nos enfants à combattre les dragons, on devrait déjà leur apprendre qu’ils ont le droit d’ouvrir leur cœur.
Amener l’enfant à l’autonomie
Evidement le but derrière est d’apprendre aux enfants à pouvoir grandir, comprendre ce que cache leur coeur mais aussi à apprendre à lire
Comment ?
En proposant aux enfants à écouter et suivre l’histoire à travers les pages. Ça me rappel des souvenirs …et mon fils adore !

Un sans faute approuvé par mon fils !
En bref : ce qu’il reste dans le cornet

On a aimé voyager avec Kaël, découvrir cette île inspirée d’Haïti et rencontrer ces animaux qui, mine de rien, ont beaucoup à lui apprendre.
Mais ce qu’on retient surtout, c’est ce joli message autour des émotions : pleurer ne nous rend pas moins forts.
Un album coloré, tendre et intelligent qui parle aux enfants… mais qui rappelle aussi deux ou trois choses aux adultes.


