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Comment Michel est devenu Fourniret : chronique d’un récit graphique bouleversant

Couverture de Comment Michel est devenu Fourniret
LE LIVRE AU COMPTOIRVous vous en souviendrez !

Comment Michel est devenu Fourniret

Bran

Palmyre Edition · 2026 · Littérature Belge · Adulte

À lire si vous aimez : Les récits de faits divers et les grandes affaires criminelles – Les récits graphiques documentaires – Les lectures qui dérangent et bousculent

Il y a des noms qu’on aimerait ne jamais avoir connus. Des noms qui, à leur simple évocation, nous rappellent des événements qu’on aurait préféré ne jamais voir se produire.

Fourniret en fait partie.

Michel Fourniret, surnommé « l’Ogre des Ardennes », est l’un des tueurs en série les plus tristement célèbres de France et de Belgique. Avec sa complice Monique Olivier, il a enlevé, violé et assassiné plusieurs jeunes filles. Moi, Papa, ça me fout la chaire de poule !
Des crimes effroyables. Des familles brisées. Et des questions qui, aujourd’hui encore, restent parfois sans réponse.

Mais comment un homme apparemment ordinaire est-il devenu un tel monstre ? Comment un père de famille, un artisan, un homme que l’on pouvait croiser dans la rue sans même le remarquer, a-t-il pu commettre de telles atrocités ?
Et surtout, comment a-t-il pu agir pendant autant d’années ?

C’est ce que nous propose de découvrir Bran, dans son récit graphique Comment Michel est devenu Fourniret, publié aux éditions Palmyre.

Et autant vous prévenir : ce n’est pas une lecture que l’on termine avec le sourire, mais avec des frissons…parce qu’on voit le monstre dans les yeux et on a l’impression qu’il nous regarde !

c’est juste un aperçu de ce que fais Bran !

Un homme ordinaire derrière une horreur extraordinaire

Le livre commence bien avant les crimes qui ont fait connaître Michel Fourniret au grand public.

Nous découvrons son enfance à Sedan, les difficultés familiales, les relations compliquées avec sa mère, puis ses premières années dans le monde du travail.

À première vue, rien qui puisse laisser imaginer l’ampleur des crimes qu’il commettra plus tard. Même si on sent que le mec est pas si sage !
Il travaille, se marie, devient père de famille. Une existence qui semble presque banale.

Presque.
Car progressivement, le récit nous entraîne vers une réalité bien plus sombre.
Les agressions sexuelles, les premières condamnations, la prison et cette rencontre déterminante avec Monique Olivier.

Une femme qui ne sera pas simplement l’épouse d’un criminel, mais qui deviendra sa complice dans plusieurs de ses crimes.

Le livre nous emmène ensuite en Belgique, où le couple s’installe et poursuit une vie d’apparence ordinaire. Jusqu’à cette tentative d’enlèvement ratée, en juin 2003, qui entraînera l’arrestation de Fourniret.

Et c’est là que commence une autre histoire.
Celle des enquêteurs, des interrogatoires, des révélations et des procès.
Celle d’une vérité qu’il faudra parfois arracher, morceau par morceau.


Quand le dessin raconte ce que les mots ne suffisent pas à exprimer

Ce qui m’a particulièrement marqué dans cet ouvrage, c’est le travail graphique de Bran.

Et ce n’est pas anodin.
Bran est illustratrice judiciaire. Elle assiste à des procès et retranscrit par le dessin ce qui se déroule dans les salles d’audience, là où les photographies sont interdites.

Elle connaît donc cet univers, ses codes, ses tensions et surtout ses silences.
Et cela se ressent dans son livre.

Tout est en noir et blanc.

Des visages, des regards, des expressions. Parfois des pages très chargées, parfois des illustrations beaucoup plus dépouillées.

Et finalement, il n’en faut pas davantage.
Parce que l’horreur n’a pas besoin d’être mise en scène pour exister.

J’ai trouvé que le dessin apportait une dimension particulière à cette histoire. Là où un article de presse nous rapporte des faits, Bran parvient à nous faire ressentir une atmosphère.

On devine la tension des audiences, le poids des témoignages, la lassitude des enquêteurs et surtout la douleur de ceux qui attendent des réponses.

Certaines expressions dessinées en disent davantage que plusieurs paragraphes.
Et c’est probablement l’une des grandes forces de cet ouvrage.

Une histoire racontée à travers les yeux des autres

Attention, ne vous y trompez pas ! Cet ouvrage n’est pas une bande dessinée. C’est un récit graphique qui retrace la vie d’un monstre dont j’ai presque plus peur de prononcer le nom que celui de Voldemort. (Et merde, je l’ai dit !)

Mais ce qui rend ce livre particulièrement saisissant, c’est la manière dont Bran nous raconte cette histoire.

Les dessins vous attrapent, vous mordent et, parfois, vous transpercent. Ils ne se contentent pas d’illustrer la vie de Fourniret. Ils donnent corps aux témoignages de celles et ceux qui l’ont connu, côtoyé ou affronté.

Car nous ne sommes pas simplement face à une biographie criminelle. Nous découvrons la vie de cet homme à travers les yeux des autres. Sa famille, ses frères et sœurs, ses connaissances, les témoins, les personnes qui ont croisé sa route…

Et avec leurs regards viennent les émotions. Les ressentis. Le dégoût. L’incompréhension. La peur.

Mais aucune joie.

Ce qui est particulièrement troublant, c’est que nous remontons le fil de cette existence en connaissant déjà son issue. Nous savons ce que Fourniret deviendra. Nous connaissons les crimes. Nous savons ce qui se cache derrière certains comportements, certaines rencontres, certaines apparences.

Mais ceux qui témoignent, eux, ne le savaient pas forcément à l’époque.

Et c’est là que le récit devient glaçant.

On avance dans cette rétrospective avec une longueur d’avance sur les témoins, mais avec cette terrible impuissance : on connaît la suite et on ne peut rien y changer.

D’ailleurs, je vais vous faire un aveu : j’ai eu énormément de mal à écrire cette chronique. Et c’est bien la première fois que cela m’arrive.

Pas parce que je ne savais pas quoi dire. Mais parce que je ne savais pas comment mettre des mots sur ce que je venais de lire.

Ce livre m’a saisi. À plusieurs niveaux.

Par ses dessins, par les témoignages, par cette accumulation de faits et de regards qui nous entraînent toujours plus loin dans l’horreur.

Avec parfois cette sensation profondément désagréable de pénétrer dans la tête de Fourniret, d’entrevoir sa manière de penser, de manipuler, de considérer les autres.

Et croyez-moi, ce n’est pas un endroit dans lequel on a envie de rester.

J’ai refermé ce livre avec un sentiment étrange. Celui d’avoir découvert énormément de choses, mais aussi d’avoir approché quelque chose que j’aurais préféré ne jamais avoir à comprendre.

C’est peut-être là toute la force du travail de Bran : nous faire ressentir le poids de cette histoire sans jamais nous laisser oublier qu’elle est réelle.

Une justice qui ne baisse pas les bras

On parle beaucoup des tueurs en série.
De leurs crimes, de leurs méthodes, de leur personnalité. On leur consacre des documentaires, des podcasts, des livres et parfois même des séries.

Mais parle-t-on suffisamment du travail de celles et ceux qui tentent de faire éclater la vérité ?
C’est l’un des aspects que j’ai particulièrement appréciés dans cette lecture.

Au fil des pages, nous découvrons l’ampleur du travail judiciaire nécessaire pour reconstituer le parcours criminel de Fourniret et de Monique Olivier.

Les interrogatoires se succèdent. Les enquêteurs cherchent, recoupent, confrontent les déclarations. Des fouilles sont organisées. Des corps sont retrouvés.

Et puis viennent les procès.
Face aux magistrats, Fourniret provoque, manipule, esquive et semble parfois prendre plaisir à imposer son propre rythme.

Monique Olivier, quant à elle, multiplie les silences et les réponses évasives.

Et face à eux, la justice doit continuer son travail.
Encore et encore.

J’ai été frappé par cette patience nécessaire, par ces années d’investigation et par la difficulté d’obtenir des réponses de personnes qui ne semblent pas toujours vouloir les donner.

On comprend alors qu’une arrestation n’est pas une fin en soi.

Qu’une condamnation ne signifie pas nécessairement que toute la vérité a été découverte.
Et que pour certaines familles, le combat continue bien après le verdict.

Une douleur que l’on ressent à travers les pages

Je vais être franc : je n’ai pas pris de plaisir à lire ce livre.
Et je crois que c’est important de le préciser. Je ne l’aurais jamais choisi si Palmyre édition ne m’aurait pas confiance !

Et je crois qu’il n’y a qu’eux qui pouvait publier cela ! Ça montre qu’après une année, ils ont réussi à s’implanter et faire des chois forts !

Il existe une différence entre apprécier la qualité d’un ouvrage et prendre du plaisir à découvrir ce qu’il raconte.
Ici, les faits sont réels. Les victimes ont existé. Les familles ont vécu, et vivent encore pour certaines, avec une souffrance que l’on ne peut qu’imaginer.

Et cette douleur, Bran parvient à nous la faire ressentir.
Pas nécessairement en montrant l’horreur directement, mais en nous confrontant à ses conséquences.

À ces familles qui attendent.
À ces parents qui espèrent enfin comprendre.

À ces années qui passent sans que toutes les réponses arrivent.

Il y a quelque chose de profondément bouleversant dans cette attente.

Et je trouve que le format graphique donne une force supplémentaire à ces moments.

On ne lit pas simplement des faits. On s’arrête sur un visage, sur une expression, sur une scène d’audience.
On prend conscience que derrière chaque dossier judiciaire se trouvent des vies bouleversées.
Et c’est peut-être ce qui m’a le plus touché.

Comprendre, mais surtout ne pas excuser

Le titre du livre pose une question intéressante : Comment Michel est devenu Fourniret ?

Comme s’il existait un moment précis où un homme basculait dans l’horreur.
Son enfance ? Ses relations familiales ? Ses premières violences ? Sa rencontre avec Monique Olivier ?

Le récit retrace ces différentes étapes, mais je pense qu’il faut être prudent avec cette idée.
Une enfance difficile ne fabrique pas automatiquement un criminel. Des millions de personnes traversent des épreuves sans jamais commettre de telles atrocités.

est-ce que comme moi, vous entendez ce rire ?

Comprendre un parcours ne signifie pas excuser les actes.

Et c’est là, à mes yeux, toute la nuance de ce type de récit.
Il ne s’agit pas de chercher des circonstances atténuantes, ni de transformer Fourniret en personnage fascinant.

Il s’agit de comprendre comment les faits se sont enchaînés, comment les crimes ont été découverts et comment la justice a tenté de faire émerger la vérité.

Car ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas de comprendre le monstre pour lui trouver une humanité.

C’est de comprendre comment une telle affaire a pu se dérouler et pourquoi il a fallu autant de temps pour en découvrir toute l’ampleur.

Alors, pourquoi lire ce livre ?

Parce que Comment Michel est devenu Fourniret permet de découvrir une affaire criminelle complexe sous un angle différent.

Parce que Bran réussit à rendre accessibles des années d’enquêtes et de procédures judiciaires, sans avoir besoin de tomber dans le sensationnalisme.

Parce que son dessin donne une dimension humaine à un récit qui pourrait facilement se résumer à une succession de dates, de crimes et de condamnations.

Mais aussi parce qu’il nous rappelle le travail considérable de la justice et cette quête de vérité qui peut durer des décennies.

Bien sûr, ce n’est pas une lecture légère.
Ce n’est pas non plus une lecture que je conseillerais à quelqu’un qui cherche simplement à se détendre avec un ouvrage graphique.

Mais est-ce vraiment ce que l’on attend de tous les livres ?
Je ne le pense pas.
Certains livres nous divertissent. D’autres nous font rire, rêver ou voyager.

Et puis il y a ceux qui nous confrontent à une réalité que l’on préférerait ne pas connaître mais que l’on doit comprendre !
Ce livre fait partie de cette dernière catégorie.

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce que j’ai lu. En revanche, j’ai apprécié la manière dont Bran l’a raconté.
Et surtout, je suis content de l’avoir lu.

Parce que derrière le nom de Fourniret, il y a des prénoms, des visages, des histoires et des vies volées.
Et finalement, une question me reste en tête après avoir refermé ce livre :

Nous connaissons tous le nom de Fourniret. Mais combien d’entre nous seraient capables de citer celui de ses victimes ?

Peut-être est-ce aussi à cela que doivent servir ces récits.
À ne pas oublier.

En bref : ce qu’il reste dans le cornet

Un récit graphique difficile, mais nécessaire, qui met en lumière le travail de la justice et la douleur des familles.
Je n’ai pas pris plaisir à découvrir cette histoire, mais j’ai apprécié la manière dont Bran l’a racontée.
Parce que certaines lectures ne sont pas faites pour nous divertir, mais pour nous rappeler ce que nous ne devons jamais oublier.

Intrigue
🍟🍟🍟🍟🍟
5/5
Personnages
🍟🍟🍟🍟🍟
5/5
Écriture
🍟🍟🍟🍟🍟
4/5
Émotion
🍟🍟🍟🍟🍟
5/5
Addiction
🍟🍟🍟🍟🍟
5/5
24frites sur 25

Alors, c’est un avis difficile a expliquer !
Ce livre est juste paradoxal !
Je voulais y retourner pour comprendre, mais j’avais peur de le voir dans les yeux !

Ce livre vous parle ? Faites passer la chronique !

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