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La littérature belge mérite mieux qu’un coin de bibliothèque.

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  • Adeline Dieudonné m’invite « Dans la Jungle », et je m’y suis un peu perdu.
    Il y a des livres que je ressens immédiatement. Et puis il y a ceux que je regarde presque de l’extérieur. Dans la jungled’Adeline Dieudonné s’est installé entre les deux, dans une zone étrange où je comprenais tout… sans jamais être totalement emporté. Dès le départ, le roman ne cherche pas à cacher quoi que ce soit. Arnaud a tué Aurélie, leurs deux enfants, avant de se suicider. Tout est posé. Alors je me suis accroché à cette promesse : comprendre. Remonter le fil. Voir comment on en arrive là. Et très vite, j’ai senti que j’allais assister à quelque chose de construit, de précis, presque méthodique. On rêve toujours de ce que l’on n’a pas et pour finir la réalité déçoit.  Dans la jungle – Adeline Deieudonné – Ed. L’iconoclaste C’est ça qui m’a marqué pendant toute ma lecture. Cette impression d’être toujours un pas en avance, ou peut-être simplement au même niveau que le texte, jamais en dessous. Je comprenais les mécanismes, les glissements, les petits riens qui s’accumulent. Un mot de trop. Un silence. Une tension qui s’installe. Tout était lisible. Tout était clair. Mais je ne vivais pas vraiment ces moments. Je les observais.Je pense que l’arc narratif était connu et je crois que j’avais « Chanson douce » qui trainait un peu dans un tiroir mental. Dès lors, cette surprise ne m’a pas vraiment percuté ! Comme si j’étais derrière une vitre, à regarder une tempête se former. Je voyais les nuages s’amonceler, je comprenais qu’ils allaient éclater… mais je ne recevais pas la pluie. Et pourtant, j’ai senti à quel point le roman est travaillé. Cette manière de s’attarder sur les détails, de construire une ambiance à partir de gestes anodins, de laisser les choses s’installer sans jamais forcer. Il y a une vraie maîtrise dans la façon dont tout se met en place. Une mécanique discrète, mais solide, qui avance sans bruit.On traque les détails tant dans les situation, les gestes, les objets. Mais aussi les petits mensonges qui font effet boule de neige. Et ça rend les tensions réelles, mais De retour dans la cuisine elle vit qu’elle avait un message de sa mère, Suzanne venait aux nouvelles, demandait comment se passaient les vacances. Dans la jungle – Adeline Deieudonné – Ed. L’iconoclaste J’ai aussi été touché par ce cadre très belge, très reconnaissable, presque familier. Cette bourgeoisie tranquille (PS : moi aussi j’ai un petit « de »…c’est faux, j’en ai 2), ces vies bien rangées, ces façades qui tiennent debout coûte que coûte. Il y a quelque chose de juste là-dedans, quelque chose qui parle sans en faire trop. Et au milieu de tout ça, il y a cette lente dérive. Cette histoire qui bascule sans jamais vraiment exploser. J’ai compris ce que le texte voulait me faire ressentir. Je voyais les signes, je les accumulais, je les analysais presque malgré moi. Mais ça restait à la surface… et c’est assez paradoxal car le roman n’est pas mauvais en soit ! Je n’ai jamais eu cette sensation d’être happé, de retenir mon souffle, de tourner les pages avec urgence. J’avançais, simplement. Présent, mais pas immergé. Alors forcément, je me suis interrogé. Pas sur le livre, mais sur moi. Sur ce moment de lecture. Sur cette disponibilité que je n’avais peut-être pas complètement. Parce que c’est le genre de roman qui demande de l’attention, de la finesse, une forme d’abandon aussi. Et peut-être que je n’étais pas prêt à ça. Arnaud essayait à nouveau de la joindre, elle rejeta l’appel. Soudain elle perçut le bruit d’un moteur derrière le crépitement de la pluie; Une voiture de pompier apparut dans l’allée, elle s’élança à sa rencontre. Dans la jungle – Adeline Deieudonné – Ed. L’iconoclaste Du coup, j’ai traversé l’histoire sans m’y perdre. Mais je le répète, c’est assez paradoxal de trouver un roman bon dans le sens littéraire du terme, mais de ne pas en profiter pleinement. Je garde en tête une écriture précise, une construction maîtrisée, une volonté claire de décortiquer quelque chose de profondément humain et dérangeant. Je garde aussi cette impression étrange d’avoir tout compris… sans avoir été renversé. Ce n’est pas un roman que j’ai rejeté. Ce n’est pas un roman qui m’a marqué profondément non plus.Aussi, je tiens à dire (ou redire) que ces bandeaux sont un horrible paradoxe. Ici, le « Féroce et addictif » est tel un biais de confirmation auquel on s’attend à plonger. Sauf qui c’est pas le cas…est-ce le lecteur le problème ou le marketing qui a eu raison de nous ? C’est un roman qui est passé. Voilà…mais pas mis de côté. Et parfois, lire, c’est aussi ça : frôler un livre sans qu’il nous traverse vraiment. C’est à mon sens une invitation à le relire…quand les tracas du quotidien m’auront quitté !
  • Lovecraft ressurgit des profondeurs : l’incroyable découverte du “Cursed Hotel”
    Il y a des histoires qui sentent le canular à plein nez… et puis il y a celles qui vous attrapent doucement, comme un courant invisible, jusqu’à vous faire plonger dans quelque chose de bien réel. Celle-ci commence de façon presque anodine. Un éditeur belge, Éric Lamiroy, décide un jour de partir à la pêche aux homonymes. Oui, littéralement. Une idée un peu folle, un peu ludique, comme un lancer de ligne dans l’océan des possibles. Et dans cet océan, il remonte un nom : John Lamiroy. Américain. Motard. Rhode Island. Rien, à première vue, qui puisse laisser présager autre chose qu’une conversation sympathique entre deux parfaits inconnus. Et pourtant. Les échanges se multiplient, les liens se tissent, et peu à peu, une vérité remonte à la surface : ils sont cousins. Lointains, certes, mais suffisamment pour que l’histoire prenne une tournure inattendue. Comme si, au milieu d’un banc de hasards, une trajectoire se dessinait. Et c’est là que tout bascule. John travaille bénévolement à l’Université Brown, à Providence. Pour les amateurs de littérature, ce nom résonne immédiatement : Providence, c’est la ville de H. P. Lovecraft. Le berceau d’un imaginaire sombre, tentaculaire, presque abyssal. Dans cette université se trouve l’une des plus grandes collections au monde consacrées à l’auteur. Des lettres, des brouillons, des fragments d’univers… et parfois, des zones d’ombre. Un jour, presque par hasard, ou par ce genre de destin un peu tordu qui aime jouer avec nous, John tombe sur une vieille caisse. Une caisse oubliée, posée là comme un vestige d’un autre temps. On imagine presque la poussière danser dans la lumière, comme des écailles argentées. Et à l’intérieur… un manuscrit. Un texte inédit. Un texte de Lovecraft. Pendant des années, certains évoquaient son existence comme on parle d’un vieux mythe, d’une rumeur un peu floue, d’un poisson qu’on jure avoir vu mais qu’on ne peut jamais vraiment prouver. Et pourtant, cette fois, il est là. Tangible. Réel. Presque frémissant entre les mains de celui qui le découvre. Son titre : The Cursed Hotel. – L’hôtel maudit Une histoire de malédiction, née d’une humiliation, qui s’abat sur un hôtel jusqu’à provoquer sa chute. Une intrigue inspirée de faits réels, écrite vraisemblablement entre 1936 et 1937, peu avant la mort de Lovecraft. Un texte qui, comme un vieux bar caché dans les profondeurs, avait échappé aux regards pendant près d’un siècle. Et puis, le voilà qui refait surface. Ce qui rend cette histoire encore plus savoureuse, c’est son retour jusqu’à nous. Le texte étant aujourd’hui libre de droit, il a pu être retraduit par Gorian Delpâture, chroniqueur littéraire bien connu, avec l’accord de l’institution américaine. Résultat : une édition française, portée par un éditeur belge. Oui, belge. Comme si toute cette histoire avait suivi un courant bien précis pour revenir là où elle devait être racontée. Comme si, depuis le début, quelque chose nageait sous la surface, attendant le bon moment pour surgir. Et au fond, c’est peut-être ça, la vraie magie de la littérature. Elle ne disparaît jamais vraiment. Elle se cache. Elle dérive. Elle attend. Comme une anguille insaisissable ou un vieux brochet tapi dans l’ombre, prête à surgir au moment où l’on s’y attend le moins. Alors on se prend à rêver. Combien de textes dorment encore quelque part ? Combien d’histoires, oubliées dans des caisses, des greniers ou des archives, attendent qu’un regard curieux — ou un Lamiroy — vienne les réveiller ? Parfois, il suffit d’un hasard. Ou d’un hameçon bien lancé.
  • Suspense, intrigue, style : mes critères pour juger un bon thriller
    Il y a quelques mois, je vous annonçais que je faisais parti du jury des lecteurs Club pour la sélection Thriller.C’est la quatrième fois que les Librairies Club me font confiance et cette année est une année particulière, je me devais donc d’établir des critères de jugement lors de ma lectures. En effet, vous le savez tous, outre ce blog, Instagram et Facebook…je suis chroniqueur dans l’émission « La Boîte ».Et quand j’invite des auteurs, je lis attentivement les romans des gens que j’invite. Ça parait absurde, mais si vous saviez le nombre d’interview où le livre n’a pas été lu en télé, en radio…le fait que je lise l’ouvrage n’est pas si bête et me permet d’avoir un avis constructif tant sur la forme que le fond du livre. Si je vous dit cela, c’est parce qu’a force d’interviewer des auteurs, de les fréquenter, de les lire, je commence à les connaitre…et parfois, très bien.Et cette année, je connais quelques auteurs que j’ai déjà fréquenté plusieurs fois. Cela mérite donc une attention particulière.Je me devais donc d’éviter un biais envers son roman. On serait vite tenté de dire « Tu connais ces auteurs donc pour toi, c’est elle/lui qui devrait gagner ! »Et bien…pour moi c’est pas comme cela que ça se passe ! C’est plus complexe à mes yeux ! Il doit mériter plus que les autres de gagner…et vu une partie de la sélection : c’est pas gagné. Parce que recevoir un roman pour un prix littéraire, ce n’est pas simplement lire pour le plaisir. C’est aussi porter une responsabilité : celle de distinguer un livre qui marquera les lecteurs et qui représentera dignement le genre.Mais aussi, outre la reconnaissance, c’est le travail d’un auteur, d’une équipe, d’une couverture, du temps passé devant un clavier…. un prix, c’est bien plus qu’une annonce !Et dans le cas d’un prix consacré au thriller, l’exercice est encore plus délicat. Car le thriller est un genre exigeant, où l’efficacité narrative doit se conjuguer avec la profondeur psychologique et la qualité littéraire. Alors, je vous présente mes critères afin que ceux-ci soient clair et transparents ! 1. La puissance de l’intrigue Le cœur d’un thriller reste l’intrigue. Une bonne intrigue doit accrocher le lecteur dès les premières pages et maintenir une tension constante.Dès le départ, elle doit capter mon attention. Les moteurs et les enjeux doivent être limpide, claires.Et les rebondissements, sont-ils crédibles ? Qu’on passe pas d’une situation à une autre par un simple coup de baguette magique ! Un bon thriller ne se contente pas d’accumuler les surprises. Il construit une architecture narrative solide, où chaque révélation sont maitrisées. 2. La gestion du suspense Le suspense est pour moi l’oxygène du thriller. On se doit, comme juré, d’observer comment l’auteur dose l’information :ce qui est révélé, ce qui est caché, et surtout quand cela est révélé.Si c’est trop tôt, c’est pas foufou, si c’est trop tard, c’est pas interessante et ça fait effet pétard mouillé et si on comprends pas…ça fait plouf ! Imaginez un thriller sans tension progressive… Quelle plaie !Dès lors on peut se poser la question : les indices sont ils subtiles, les fausses pistes placées intelligemment et la montée dramatique Vinet-elle colorer cela avec brio ? Ah, Le suspense … le suspense ne doit pas reposer uniquement sur un twist final spectaculaire, mais sur une pression constante qui pousse le lecteur à tourner les pages.En bref, sans suspense, avec l’ennuie, c’est direct déclassement ! 3. La crédibilité de l’univers Imaguinez un ouvrage où vus ne croyez pas en l’univers. Et si il n’est pas crédible, si l’auteur ne vous attire pas vers son univers…c’est pénible. Imaginez un thriller/polar…où les procédures policières (si il y en a) sont peu crédibles, les personnages non motivées dans leurs enjeux, des contextes inexistants…Imaginez un ouvrage où l’on parle de science dans le monde actuel et où tout est inventé ! C’est pénible…pas de recherche, pas de volonté de nous amener vers une accroche….Imaginez un roman sans policier, mais sans psychologie… Même dans un thriller très romanesque, la cohérence interne est essentielle.Une intrigue brillante peut s’effondrer si elle repose sur des invraisemblances trop visibles…. et je vous avoue que j’en ai rencontré un…dès le début ! 4. La construction des personnages Que serait un roman sans personnage solide ?Les meilleurs thrillers ne reposent pas uniquement sur une intrigue efficace, mais sur des personnages forts, efficaces, solides. Et un personnage doit être fort : profondeur psychologique, évolution des personnages, complexité morale (vous savez ceux qu’on aime détester par exemple)Et puis un personnage sans motivation, et valeur morale (positive ou négative) c’est No Way ! Un bon thriller crée souvent des personnages ambigus, imparfaits, parfois troublants. Ce sont eux qui donnent une épaisseur émotionnelle au récit.Alors, sans cela, c’est out ! 5. Le rythme narratif Haaaa le rythme d’un roman…c’est son chant, c’est la longueur de son pas….Que ce soit des longs ou court chapitre, peut importe a mes yeux.Mais concernant la narration, si ces chapitres sont lourds et indigestes…merci bye bye.par indigeste, j’entends un chapitre qui ne retient pas l’attention, qui n’a pas de tempo, qui n’a pas d’équilibre entre action et réflexion… Sans cela, votre roman n’est pas dévoré. Sans tout cela, le roman se lit…il ne se dévore pas. Mais attention : un roman avec un grand rythme ne doit pas sacrifier sa construction.Si le rythme arrive à la fin, avec, auparavant, une construction réussie, c’est gagné ! 6. L’originalité Les clichés sont nombreux dans les romans, et c’est même facile de le faire.Mais un bon roman, c’est autre chose que des clichés.C’est une idée originale, jamais faites… Une nouveauté apportée au sein du concept. Et si la structure narrative apporte quelque chose de nouveau c’est encore mieux !Evidement, u bon roman peut reprendre des codes classiques et universels, mais il doit apporter un angle inattendu ! 7. La qualité littéraire N’oubliez jamais qu’un prix littéraire récompense aussi l’écriture.On parle donc d’un style, de l’efficacité des dialogues, d’une atmosphère (tant dans le roman que dans la narration) et une capacité à installé l’ambiance !Un grand roman est souvent celui qui réussit à associé une tension narrative efficace avec une qualité d’écriture ! 8. L’impact global Et puis, si vous avez deux romans ou plus qui ont tous ces ingrédients, posez-vous une seule questions : Ce livre reste-t-il en mémoire une fois refermé ? Certains thrillers sont efficaces sur le moment mais s’oublient très vite. Parfois c’est dommage, parfois c’est tant mieux.D’autres laissent une trace durable : par leur atmosphère, leurs personnages ou la force de leur idée centrale. et pour moi : c’est bingo ! Un prix littéraire doit idéalement distinguer un roman qui marque ses lecteurs, pas seulement un livre qui fonctionne bien. Cependant, souvent les gens confondent les deux ! Je pense que c’était nécessaire de vous les écrire, pour éviter tout biais.Pour ma part, je notais tout dans un carnet afin d’éviter toutes condusion ou biais.Et vous, quels seraient vos critères si vous étiez dans un jury littéraire ?Mettez les en commentaires, qu’on en discute .
  • La saison des pluies : un roman noir belge, de Paul Colize, haletant sur la mémoire et la culpabilité
    Mais d’où sort ce livre ? Fin Février 2026, j’ai vu un poste de Hervé-Chopin Editions annonçant la publication du roman de Paul Colize, dont nous allons parler. Une surprise totale… je ne l’ai pas vu venir !Si vous me connaissez, il y a quelques auteurs pour qui je lache toute lecture en cours pour m’y jeter dans leur bras. Et Paul Colize en fait parti. Je vais aller droit au but : Ce livre (La saison des pluies, de Paul Colize), vous attrape par le col et vous traîne dans une pièce fermée pour vous dire : « Maintenant, tu écoutes. »Ce livre s’inscrit clairement dans la même trempe que ses grands romans « Back-Up », « Devant Dieu et les hommes », « un monde merveilleux » ou encore « Toute la violence des hommes ». On parle de l’histoire de la Belgique vu à la sauce Colize. On rentre dans notre histoire comme dans un film. Comme si on remontait le temps. Et surtout : comme si on le redécouvrait !(OK, pour les puristes, Back-Up c’est discutables, mais j’avais envie de le mettre dans la listes !) Tout commence pourtant dans un endroit où l’on parle souvent à voix basse : un service de soins palliatifs. Claire y est bénévole. Dans la vie, elle est coach professionnelle, mère de deux filles, et tente de garder un semblant d’équilibre dans un quotidien un peu bancal, notamment avec un mari plus absorbé par ses écrans et ses cryptomonnaies que par la conversation à table. Pour garder la tête hors de l’eau, Claire écoute les autres. Les mourants, en particulier. J’ai servi, Claire.. Et je me suis servi au passage, je le reconnais. Même si je savais au fond de moi que les causes que je défendaient n’étaient pas toujours justes. Jusqu’au jour où j’ai compris que je n’étais qu’un pion. La saison des pluies – Paul Colize – Hervé Chopin Edition Et un jour, arrive Théo dans sa vie.Un patient aussi fermé qu’ un coffre-fort, se taisant avec tout le monde. On sent clairement le mec chaleureux !Sauf avec Claire. Elle c’est différent, on ne sait pas pourquoi.Avec elle, il parle. Lentement. Par fragments. Et ce qu’il raconte n’a rien d’une confession tranquille de fin de vie. Théo ouvre une porte vers un passé sombre, très sombre de l’histoire Belge: le Congo à la fin de la colonisation Belge. Ce qui suit ressemble à une descente progressive dans une mémoire que certains préféreraient laisser enterrée. Violences, opérations militaires, morale douteuse…Paul Colize ne cherche pas à avoir un roman spectaculaire. Il montre comment des hommes ordinaires peuvent glisser, parfois presque sans s’en rendre compte, vers l’inacceptable. Et c’est là que le roman devient vraiment intéressant et qu’on le déguste page après page. Parce que La saison des pluies n’est pas un roman noir classique avec enquête, indices et inspecteurs qui courent dans les rues de Bruxelles. C’est un roman noir psychologique. Un huis clos entre une femme qui écoute… et un homme qui parle avant de mourir.On sent l’urgence de la situation, mais la gravité de l’histoire explosant de chapitre en chapitre on espère qu’on prendra son temps, mais sans s’attendre aux terribles choses qui s’annoncent. Plus Théo se confie, plus Claire est troublée. Pourquoi lui raconte-t-il tout cela à elle ? Pourquoi maintenant ? Et surtout : pourquoi continue-t-elle à revenir écouter ces histoires qui la révulsent autant qu’elles la fascinent ?Parce que Théo est pas un héros. C’est plus un salaud de l’histoire. Un mec qu’on aime détester… une sorte de confession de la dernière chance. Le roman alterne entre la chambre d’hôpital et le Congo des années 60. Ce va-et-vient crée une tension étrange, presque hypnotique. Comme Claire, on ressent le besoin de revenir dans cette chambre pour entendre la suite, pour combler les silences et les ellipses du récit. Mais à mesure que les pages tournent, la santé du vieil homme décline. Chaque visite pourrait être la dernière. L’écoute devient alors urgente, presque vitale. Et paradoxalement, plus l’écoute se fait attentive, plus les révélations deviennent terribles. Comme si chaque mot arraché à la mort faisait surgir une nouvelle part d’ombre. Paul Colize joue aussi avec l’Histoire belge, un terrain qu’il aime explorer dans ses romans. Ici, il plonge dans une période encore sensible : les dernières années de la présence belge au Congo et les turbulences autour de l’indépendance en 1960. Une époque où politique, intérêts économiques et opérations militaires se mêlaient dans un brouillard moral pas toujours très glorieux. C’était trop tard pour revenir en arrière. L’indépendance qu’ils avaient voulu ignorer était devenue inévitable.Les émeutes avaient durer trois jours et trois nuits. Au final le bilan était « raisonnable », les annonces officielles parlaient de 49 morts.J’en avais tué plus que ça à moi tout seul. La saison des pluies – Paul Colize – Hervé Chopin Edition Mais rassurez-vous : on n’est pas dans un cours d’histoire.L’auteur réussit à intégrer cette matière historique dans un récit très humain, centré sur les personnages comme il l’a fait dans les romans cités plus haut. Claire, fragile mais déterminée, cherche à comprendre ce qu’elle écoute… et peut-être aussi comprendre ce qu’elle est. Théo, lui, incarne une forme de culpabilité brute, presque dérangeante…une dernière chance avant la monté vers son créateur. L’écriture est simple, directe, efficace. Pas de fioritures inutiles. Du Paul Colize comme on l’aime. Du moins, comme j’aime m’y plonger !Les pages défilent vite, et on se surprend à lire un chapitre après l’autre, sans s’en rendre compte…puis un autre !… avant de se rendre compte qu’on est déjà cinquante pages plus loin. Et puis il y a cette sensation étrange, en refermant le livre : celle d’avoir remué quelque chose. Pas seulement une intrigue, mais un morceau d’Histoire, avec ses zones d’ombre et ses silences.Telle un roman de Brigitte Guilbau, l’auteur nous questionne à la fin. Pas directement, mais nous interroge moralement à la fin. J’aime particulièrement ce sentiment de questionnement qui nous implique dans la part moderne du récit. Ca montre que, finalement, les choses terribles sont toujours d’application et que la passé ne s’enfouit jamais ! C’est peut-être ça, la vraie force du roman. Parce qu’au fond, La saison des pluies parle de mémoire. De ces histoires que les générations précédentes ont parfois préféré taire. Et de ce qui arrive quand elles remontent à la surface. Résultat : un roman noir ntelligent, sombre et prenant, qui prouve encore une fois que la littérature belge sait parfaitement jouer dans la cour des grands, mais pas assez reconnu à son juste niveau. Nous étions au coeur de la saison des pluies. Une averse venait de s’abattre. Le tarmac était détrempé et luisait sous un ciel bas.L’odeur chaude et pénétrante de la terre humide flottait dans l’air.Muta Kawelukulu, le capitaine à qui je répondais…. était posté en retrait avec ses hommes. Il m’a fait signe de le rejoindre! La saison des pluies – Paul Colize – Hervé Chopin Edition Et si vous aimez les romans qui mêlent histoire, psychologie et tension narrative… préparez-vous à passer quelques heures dans la chambre d’hôpital de Théo. Parce que quan vous y rentrez, vous risquez de ne plus vouloir en sortir ! Et comme toujours ici : lire belge, c’est aussi regarder notre histoire en face… même quand elle gratte un peu. Alors « Lisez du Belge, Bordel ! »
  • Les enfants de Voynich : Et si les ados d’Olivier Papleux résolvaient l’un des plus grands mystères de l’histoire ?
    Parfois, les adultes ont des idées étranges.Par exemple : prendre un des livres les plus mystérieux de l’histoire… et demander à des adolescents de le déchiffrer. C’est exactement le point de départ de Les enfants de Voynich, le nouveau roman de l’auteur  Olivier Papleux. Dans l’histoire, un neurobiologiste un peu discret, et un peu opportuniste, rassemble plusieurs jeunes surdoués dans un ancien couvent près du Lion de Waterloo. Leur mission ? Passer l’été ensemble pour une étude sur les intelligences atypiques… Mais notre observateur, le docteur Topaze, est fort tenter de percer le secret du célèbre Manuscrit de Voynich, un livre vieux de plusieurs siècles que personne n’a jamais réussi à comprendre….et comme il possède une intelligence non artificielle à ses côtés, il saute sur l’occasion. Déjà, le défi est ambitieux. Parce que si des cryptologues, des scientifiques et probablement quelques geeks insomniaques n’y sont jamais arrivés… (et pour avoir été un geek insomniaque, je peux vous dire qu’ils se donnent!) on peut se demander pourquoi des ados réussiraient là où tout le monde a échoué. Mais justement, c’est là que l’histoire devient intéressante.Les jeunes du roman ne sont pas des personnages “normaux”. Ce sont ces jeunes ciblés « intellos » dans toutes écoles normales…sauf qu’eux, sont déjà quelques classes en avance !Ils ont des intelligences très différentes, des façons de penser parfois surprenantes, parfois drôles, parfois un peu déroutantes aussi. Certains sont ultra-logiques, d’autres hyper créatifs, certains parlent peu mais analysent tout. Et même si leurs profils sont très variés, ils ont un point commun : ils ne rentrent pas facilement dans les cases. Au début, ils sont un peu comme des planètes isolées. Chacun dans son orbite. Puis, petit à petit, quelque chose se passe. Rares sont ceux qui préfèrent s’enrichir de la différence. Rares sont les passants adeptes d’une justice sociale équitable, qui ne se détournent pas et préfèrent aider ces enfants bizarres à vivre dignement plutôt que de se protéger d’eux. Les enfants de voynich – olivier papleux – MEO Edition Ils commencent à se comprendre. À se reconnaître. À se rendre compte qu’ils ne doivent pas faire semblant d’être “normaux” pour être acceptés. Et ça donne des scènes assez savoureuses, où leur humour, leur logique parfois implacable et leur vision très directe du monde des adultes créent des moments à la fois drôles et surprenants. Pendant ce temps-là, le docteur Topaze les observe. Il prend des notes, analyse leurs réactions, étudie leurs interactions… persuadé qu’il maîtrise parfaitement la situation. Il est le scientifique. L’adulte. Le chef d’orchestre. Sauf que dans ce genre d’histoire, celui qui pense diriger la partie est souvent celui qui comprend le moins ce qui se passe vraiment. Et c’est là que le roman devient vraiment malin.Parce que ce qui ressemble au départ à une simple expérience scientifique glisse peu à peu vers un jeu de manipulation beaucoup plus subtil. Qui influence qui ? Qui observe qui ? Et surtout : qui a réellement compris les règles du jeu ?Et c’est là où tout devient prenant ! Ce que j’ai apprécié dans ce roman, c’est qu’il ne se contente pas de raconter une intrigue autour d’un mystère célèbre. Il parle aussi de notre manière de regarder ceux qui sortent de la norme autour d’un sujet commun. Les personnes très intelligentes fascinent souvent… mais elles dérangent aussi un peu. On admire le génie, mais on ne sait pas toujours quoi en faire. Le roman joue beaucoup avec cette idée, sans jamais devenir lourd ou moralisateur….et même si parfois, on ne comprends pas ce qu’il se passe, Olivier Papleux nous rappel qu’un roman est rempli de surprises ! L’histoire prend son temps au début, le temps de poser les personnages et les relations entre eux. Puis les choses s’accélèrent, les surprises arrivent, non pas au compte gouttes…mais au torrent et on se retrouve à tourner les pages avec l’envie de comprendre comment tout cela va se terminer….jusqu’à une fin inoubliable ! En réalité, le manuscrit de Voynich réunit l’ensemble des problématiques de la science du secret, puisqu’on ignore le langage utilisé et le système de cryptage autant que l’époque ainsi que la personne qui a procédé à l’opération. Un cas extrême où les seuls éléments lisibles constituent la pagination maladroite des planches. Les enfants de voynich – olivier papleux – MEO Edition Cependant, j’avoue que, même si ce roman est très terre à terre, j’aurais aimé qu’il soit un peu plus fou, en nous renvoyant vers quelque chose de, peut-être, plus ésotérique.Mais cette remarque, vous ne la comprendrez uniquement que si vous lisez le livre ! Et puis il y a ce plaisir assez simple : suivre ces jeunes qui réfléchissent parfois plus vite que tout le monde… et qui voient certaines choses que les adultes ne remarquent même plus. Mais cette intelligence est-elle un don ou une malédiction ?Au fond, c’est peut-être ça le vrai mystère du roman ! Parce qu’en refermant le livre, on se surprend à se demander :et si les enfants avaient parfois quelques longueurs d’avance sur nous ? Ou que nos yeux d’adultes additionné à nos envies les plus pressentes mettaient un voile sur notre environnement ? Et franchement… quand on regarde l’état du monde, l’hypothèse mérite peut-être d’être étudiée. 😄 En tout cas, avec Les enfants de Voynich où Olivier Papleux propose un roman intelligent, accessible et intriguant, qui mélange mystère, réflexion et un léger sourire en coin. Un livre qui donne envie de réfléchir… sans jamais oublier de raconter une histoire qui ne se cache pas si facilement !
  • Contre-plongées de Luc Dellisse : ces souvenirs qui deviennent de vraies histoires
    Il y a des écrivains belges dont on parle beaucoup… et puis il y a ceux qui écrivent beaucoup. Luc Dellisse fait clairement partie de la deuxième catégorie. Et j’avoue que j’ai toujours un petit faible pour ces auteurs-là : ceux qui bossent tranquillement pendant que tout le monde fait du bruit sur les réseaux. À 72 ans, Dellisse a déjà touché à tout : romans, poésie, essais, théâtre, scénarios… bref, l’homme a plus de cordes à son arc qu’un magasin Decathlon un samedi de soldes. Et l’an dernier encore, il était finaliste du Prix Victor Rossel en 2025. Donc on est loin du gars qui écrit dans son coin entre deux cafés. Lui? Lui ? Impossible. D’abord il est sans doute mort (c’était déjà presque un Villard quand j’étais jeune); ensuite il ne voyage pas, il n’a jamais pris l’avion de sa vie; et puis il a horreur de l’hivers et du froid, il est plus frileux qu’un nouveaux-né. Contre-Plongées – Luc Delisse – Editions Lamiroy Quand j’ai ouvert Contre-plongées, je pensais tomber sur un recueil de nouvelles classique. ou pas…avec Luc, on ne sait jamais vraiment.Ici, l’auteur fait un truc beaucoup plus malin. Le titre nous parle indirectement…une image allant du bas vers le haut… ce qui est déjà un indiceL’auteur nous balance vingt-quatre fragments de vie racontés à la première personne. Et quand je dis fragments, je parle vraiment de ces petits moments qui composent nos journées sans qu’on y fasse trop attention : un sac perdu, une rencontre improbable à Florence, un trajet en tram, un vieux souvenir d’étang, un objet oublié. Des scènes qui semblent banales… mais qui deviennent fascinantes dès qu’on les regarde autrement. Évidemment, en lisant, je me suis posé la question que tout le monde se pose : est-ce que c’est lui ? Est-ce que l’auteur raconte sa vraie vie ? La réponse est très belge, donc un peu floue : oui… et non. Il part souvent d’un souvenir réel, d’un moment vécu, d’une ambiance qu’il a connue. Et puis la fiction arrive, met son grain de sel, et transforme tout ça en histoire. Résultat : on flotte entre réalité et imagination. Et c’est précisément là que le livre devient vraiment cool à lire. Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est que Luc Dellisse ne vous prend pas par la main comme un GPS qui répète “tournez à gauche”. Il vous montre une scène, et puis… il vous laisse réfléchir. Certaines histoires s’arrêtent presque brutalement, comme si quelqu’un coupait la lumière avant la fin du film. Et au lieu d’être frustrant, ça marche. Parce que la vraie vie fonctionne comme ça : il n’y a pas toujours une morale, une explication, ou un générique de fin. Le titre du livre résume parfaitement le truc. Une contre-plongée, c’est ce moment où l’on remonte vers la surface après avoir exploré les profondeurs. Et c’est exactement ce que fait Dellisse avec la mémoire. Il plonge dans ses souvenirs et remonte avec des morceaux de vie : un objet, une rencontre, un moment qui semblait banal mais qui prend soudain une autre dimension. Le livre commence dans l’eau et se termine dans l’espace. Franchement, pour un recueil de nouvelles, c’est déjà un beau voyage. Incroyable, dans cette vie d’équinoxe, très solitaire, je m’étais fait un ami, un exilé comme moi, pas plus normand que moi, grand lecteur, grand buveur, une sorte de frère de lait. Contre-Plongées – Luc Delisse – Editions Lamiroy Au fil des pages, je me suis aussi rendu compte que ce livre parle beaucoup du temps qui passe. Mais sans tomber dans le mode “c’était mieux avant”. Dellisse regarde sa vie avec une distance amusée, presque ironique. Il parle d’amours, de voyages, de hasards bizarres, de chemins qu’on prend sans trop savoir pourquoi. Et derrière tout ça, il y a une idée simple mais assez belle : la vie n’est peut-être pas si courte que ça. Quand on regarde tout ce qu’on a déjà vécu, elle peut même sembler sacrément longue. En refermant Contre-plongées, je me suis dit un truc : ce livre ressemble un peu à ces boîtes pleines d’objets qu’on retrouve dans un grenier. On tombe sur un billet, une photo, un vieux truc dont on avait oublié l’existence… et tout à coup, un souvenir revient. Luc Dellisse fait exactement ça avec la littérature : il prend ces petits fragments de vie et les transforme en histoires. Et au final, c’est peut-être ça le plus intriguant dans ce livre. Il vous rappelle que les grandes histoires ne commencent pas forcément avec un dragon, un meurtre ou une explosion. Parfois, elles commencent simplement avec un détail. Un moment. Un souvenir. Bref, si vous pensez que la littérature belge est forcément sérieuse et poussiéreuse… Contre-plongées pourrait bien vous prouver le contraire. Et qui sait : après quelques pages, vous risquez même de regarder vos propres souvenirs comme des débuts de roman. Parce qu’au fond, la mémoire est peut-être le plus grand livre que chacun de nous porte dans sa poche.

Un livre à défendre, une histoire à raconter ?

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