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  • Trace de Geneviève Damas : A 15 ans, elle court entre deux vies
    Il y a des gens qui courent pour battre leur record et d’autres pour perdre trois kilos avant l’été.Farkass, elle, court parce que parfois, s’arrêter est un luxe qu’on ne peut pas se permettre. Elle a quinze ans. Elle vit avec sa mère dans un appartement d’une cité où le gris semble avoir gagné jusque dans les perspectives d’avenir. Le père a disparu en laissant derrière lui ses dettes, sa mère travaille comme elle peut et l’école ressemble davantage à un endroit où Farkass passe de temps en temps qu’à une promesse de jours meilleurs. Alors elle a trouvé une autre manière de gagner de l’argent : elle deale.Et puis, un jour, quelqu’un la regarde courir. Bienvenue dans Trace, de Geneviève Damas, publié chez Grasset. Courir ou crever Farkass n’est pas exactement ce qu’on pourrait appeler une élève modèle.Le lycée, elle le fréquente quand l’envie ou les circonstances le permettent, parce qu’entre une école dans laquelle elle ne trouve plus beaucoup de sens et un trafic qui rapporte de l’argent immédiatement, le calcul semble vite fait. Elle commence comme guetteuse. Puis elle grimpe doucement dans la hiérarchie de son immeuble! Dans cet univers presque exclusivement masculin, elle apprend les règles, les rapports de force, les silences nécessaires et cette évidence : on entre beaucoup plus facilement dans le trafic qu’on n’en sort.Et Geneviève Damas ne cherche jamais à transformer Farkass en petite délinquante que le lecteur devrait juger. Elle nous place de son côté, non pas pour excuser mais pour comprendre comment, à quinze ans, quelques billets peuvent paraître infiniment plus concrets qu’un diplôme promis dans plusieurs années. Comprendre aussi qu’on ne choisit jamais totalement son point de départ. Puis arrive Couturier, son professeur de sport.Il voit Farkass courir et comprend immédiatement quelque chose qu’elle ignore encore elle-même : La Petite, elle est douée. Très douée.Alors il lui propose de l’entraîner et Farkass découvre une autre manière de courir. Quand je suis arrivée dans les Tours, je croyais que l’école te sort de tout alors qu’elle ne peut rien pour ceux qui ont déjà le genou à terre. Trace – Genevieve Damas – Grasset La même fille. Les mêmes jambes. Deux directions. C’est probablement ce que j’ai préféré dans Trace.Geneviève Damas construit son roman autour de deux mondes qui réclament exactement la même chose à Farkass : tout donner. D’un côté, le deal où il faut être rapide, attentive, résistante. Où il faut savoir encaisser, observer et parfois fuir. De l’autre, l’athlétisme où il faut être rapide, attentive, résistante. Et surtout (pour l’avoir testé plusieurs fois), où il faut savoir encaisser, observer et parfois dépasser la douleur. Même but : Courir, mais la ligne d’arrivée n’est pas la même !Et forcément, à un moment, les deux vies deviennent incompatibles. Parce que s’entraîner prend du temps, ça demande du temps, du travail sur la piste…avec une compréhension de l’entraineur qui vous voit évoluer pour que vous atteignez vos objectifs !Mais dans le trafic de drogue, on est pas écouté quand on explique qu’on a entraînement d’athlétisme à 18 heures. Farkass se retrouve donc à courir partout : Tant sur la piste que dans la rue.Après le temps, l’argent et la reconnaissance, mais surtout…après ce qui peut s’apparenter à un avenir ! Quelqu’un qui vous regarde autrement Derrière le trafic et l’athlétisme, Trace raconte peut-être surtout cela : ce que peut changer le regard d’une seule personne. Couturier ne sauve pas Farkass, du moins c’est le sentiment que j’ai !Il ne débarque pas avec une baguette magique en lui expliquant que le sport va régler sa vie, effacer la pauvreté, faire disparaître les dealers et réparer son histoire familiale, il fait quelque chose de plus simple : Il voit quelque chose en elle et le lui dit ! Et cela traverse tout le livre. Parce que Farkass manque évidemment d’argent mais elle manque peut-être encore davantage de personnes capables de lui dire : Tu sais faire quelque chose.Tu peux aller quelque part.Je crois en toi. Ce qui donne aussi au roman une dimension sociale particulièrement intéressante au roman (et à la vie en général) ! Quand l’école ne promet plus rien Geneviève Damas n’a pas imaginé cette histoire complètement hors-sol. Cette histoire pourrait même être un téléfilm que ça ne serait pas étonnant ! J’ai lu que l’autrice raconte avoir été marquée, lors d’ateliers menés avec des jeunes à Bruxelles, par un étudiant en mécanique confronté notamment à du matériel scolaire obsolète. Celui-ci lui avait expliqué qu’il pourrait toujours vendre de la cocaïne pour gagner sa vie.Cette réflexion a nourri son envie de s’intéresser à ces jeunes pour lesquels l’enseignement ne semble plus capable d’offrir une perspective suffisamment concrète. Et c’est là que Trace devient beaucoup plus intéressant qu’une simple opposition digne de drogue = mauvais chemin / sport = bon chemin. Parce que la vie réelle est évidemment beaucoup plus complexe ! Le trafic offre à Farkass quelque chose que la société peine à lui donner : de l’argent immédiatement, une place dans un groupe, une forme de reconnaissance et l’impression d’être utile à sa mère. L’athlétisme lui propose autre chose : une possibilité de réussi par elle même…celle de se dépasser…mais réussi de façon incertaine! Et quand on vit dans la précarité, choisir entre quelques centaines d’euros aujourd’hui et la promesse hypothétique d’un avenir meilleur demain n’est pas évident ! Une rage froide prenait le contrôle, je me sentais capable de soutenir une douleur de ouf, même d’avancer pieds nus sur des éclats de verre. Je tenais. Je tenais. Couturier s’en est rendu compte : « Tu as atteint un nouveau palier. Continue comme ça, Farkass. » Trace – Genevieve Damas – Grasset Une Farkass qui se fait comprendre Et puis il y a cette voix pendant le livre, parce que Trace, c’est Farkass qui raconte l’histoire. Elle parle comme Farkass. Comme quelqu’un qui a un passé assez complexe, qui a dû faire des choix, qui a peur sans le montrer.Quand elle parle, ça percute, ça jure, ça provoque, ça sait se faire comprendre avec les expressions adolescentes, les raccourcis et les mots de son environnement. Avec Farkass, cette écriture trouve parfaitement un rythme qui me plait…et comme c’est mon premier Geneviève Damas, je vais aller en piocher d’autres ! Les phrases avancent comme notre héroïne : vite, parfois brutalement, avec cette impression permanente qu’il ne faudrait surtout pas ralentir, parce que derrière, quelque chose pourrait vous rattraper. Les défauts sont doubles. Ce roman a deux défauts : Le nombre de page et la fin. En ce qui concerne le nombre de pages, j’en voulais plus. Le roman compte 208 pages. Il me manque un peu de dimension sportive.Ayant déjà fait des 3000 m, je voulais avoir mal aux jambes avec Farkass. Je volais souffrir avec elle ! Sentir ses poumons brûler et sentir ses spikes (chaussures à pointe) frapper la piste ! Mais aussi ressentir ce moment étrange où le corps supplie d’arrêter alors que quelque chose dans la tête ordonne de continuer. Parce que la course est l’une des plus belles idées du roman : cette gamine qui a passé sa vie à courir pour échapper à quelque chose découvre progressivement qu’elle peut aussi courir vers quelque chose.J’aurais aimé que cette transformation physique prenne encore davantage de place. Et cette fin…m’a laissé sur m’a faim.On ne me fait pas ça…comme si j’étais devant un bus qui partait sans moi ! J’ai rager…j’ai essayé de comprendre…et c’est évident !L’autrice veut nous montrer ce qu’a trouvé notre héroïne, et la barrière qu’elle a franchie!Mais j’avoue que j’aurais aimé qu’elle soit plus franche ! Tout en haut, les ministres, les responsables ne croient pas à l’égalité. Ils veulent que les riches restent riches et que les pauvres leur servent de larbins. Voilà pourquoi il faut trouver les moyens de s’en sortir. On n’a qu’une vie. Trace – Genevieve Damas – Grasset La résilience est une chose importante ! Trace évite son plus gros piège à ce niveau ! L’autrice ne nous nous raconte pas qu’il suffit de vouloir. Qu’un professeur formidable, une paire de baskets et beaucoup de courage peuvent sortir n’importe qui de n’importe quelle situation. Non. La résilience, c’est merveilleux dans les citations Instagram, mais dans la vraie vie, c’est beaucoup plus compliqué. Parce qu’il faut encore qu’une possibilité se présente. Que quelqu’un vous tende la main, que vous soyez encore capable de l’attraper.Et surtout que ce que vous essayez de quitter accepte de vous laisser partir. Farkass découvre une porte, cela ne signifie pas qu’elle peut simplement la franchir. C’est toute la tension du roman. Et jusqu’à cette fin qui arrive presque comme un coup de frein brutal, Geneviève Damas refuse de nous offrir le confortable conte de fées sportif que l’on aurait peut-être aimé lire. Mais quand même…comme dit plus haut, j’aurais aimé plus de prise de décision sur cette fin !Même si ça en fait un sacré bouquin !
  • Equation à une inconnue : L’amour est aveugle… mais parfois il est juste myope !
    Il y a des moments dans une vie qu’on oublie immédiatement.Le code du parking, ce qu’on était venu chercher dans la cuisine, le prénom de cette personne qui vient de nous dire : « Ça fait longtemps ! ». Et puis il y a les autres.Ceux qui durent quelques secondes mais qui, vingt-six ans plus tard, sont toujours là. Pour Olivier, ce moment a eu lieu dans une piscine municipale.Il a 18 ans lorsqu’une jeune femme vient lui parler. Elle le connaît. Elle sait qu’il a déménagé. Et surtout, elle lui avoue avoir été amoureuse de lui. Une scène touchante et magique…à un détail près.Olivier est myope comme une taupe. Et comme il est assez peu pratique de nager avec ses lunettes, il ne distingue devant lui qu’une silhouette floue.Une voix. Quelques mots. Un aveu. Et absolument aucun visage. Autrement dit : l’amour est peut-être aveugle, mais chez Olivier, il est juste myope…littéralement ! Vingt-six ans plus tard… Olivier est désormais chauffeur de taxi. La quarantaine passée, sa vie n’a pas exactement suivi la trajectoire qu’il aurait imaginée à 18 ans. Il est notamment séparé de son fils, qu’il n’a plus vu depuis plusieurs années. Une absence que Frédéric Peynet ne transforme jamais en énorme panneau lumineux marqué « TRAUMATISME DU PERSONNAGE », mais qui accompagne Olivier en permanence. Un jour, à la gare de Bordeaux, une cliente lui demande une course pour le moins inhabituelle : plusieurs centaines de kilomètres afin de rejoindre au plus vite sa compagne sur le point d’accoucher. Olivier accepte.Sept heures de route, ça laisse le temps de discuter. Et forcément, à un moment, l’histoire de la piscine ressort.Sa passagère lui pose alors la question que n’importe qui poserait : Pourquoi ne pas essayer de la retrouver ?D’autant que la destination du voyage conduit Olivier à proximité de Cyvette, le village de son enfance. Le hasard vient de remettre une vieille histoire sur la table.Il ne reste plus qu’à voir ce qu’Olivier va en faire. Retour à Cyvette Après un accident sans gravité qui immobilise son taxi, Olivier est contraint de rester quelque temps dans les environs.Il retourne alors dans son ancien village.Les rues ont changé. Les commerces aussi. Les années sont passées. Ces potes de sont adolescence sont toujours là.Olivier retrouve d’anciens camarades et, au détour d’une soirée, raconte cette fameuse histoire de la piscine. Il aurait probablement mieux fait de se taire, parce qu’à partir de cet instant, retrouver l’inconnue devient pratiquement une affaire d’État à Cyvette. Les amis s’en mêlent. Le village s’enthousiasme. Les idées fusent. La presse locale entre dans la danse. Tout le monde veut résoudre cette équation à une inconnue. Sauf qu’il manque quand même une donnée assez importante : l’identité de la femme recherchée. Ce qui n’a jamais empêché un village entier de s’occuper de ce qui ne le regarde pas.Et heureusement, parce que c’est précisément là que l’histoire devient particulièrement attachante. Une inconnue qui n’est finalement qu’un prétexte Sur le papier, Équation à une inconnue pourrait facilement être résumée comme une histoire d’amour potentielleUn homme revient sur les traces d’une femme qui lui a déclaré sa flamme vingt-six ans auparavant. Simple et Romantique le direz-vous ! Presque trop simple d’ailleurs ! Mais Frédéric Peynet est plus malin que ça. L’inconnue est surtout le prétexte qui permet à Olivier de revenir vers son passé. En cherchant cette femme, il retrouve ses amis, il redécouvre son village.Il se confronte à l’homme qu’il est devenu et à celui qu’il pensait devenir lorsqu’il avait 18 ans, et forcément, une question finit par apparaître : Et si… ? Et si Olivier avait vu le visage de cette jeune femme ?Et s’il l’avait retrouvée le lendemain ?Et s’il était resté à Cyvette ? Et si sa vie avait pris une autre direction ? Ça ne vous rappel rien ? Nous avons tous quelques « et si » rangés quelque part.Ils ne nous empêchent pas nécessairement de vivre, mais ils savent parfois très bien revenir gratter à la porte. Une bande de copains qu’on aimerait presque avoir L’autre grande réussite de l’album vient de sa galerie de personnages.Les anciens amis d’Olivier ont vieilli, évidemment. Chacun a suivi son chemin, connu ses réussites, ses échecs, ses habitudes. Mais lorsqu’ils se retrouvent, quelque chose revient immédiatement.Cette complicité particulière des amitiés anciennes où vingt années peuvent disparaître autour d’un verre. La mobilisation pour retrouver l’inconnue devient parfois complètement disproportionnée. Soyons sérieux deux minutes : dans la vraie vie, il y a probablement un moment où quelqu’un aurait simplement conseillé à Olivier de passer à autre chose. À Cyvette, non.À Cyvette, on organise quasiment une mobilisation générale.Et c’est très bien comme ça. Parce que cette légère exagération donne au récit son énergie et son côté feel-good sans empêcher les personnages d’exister.Derrière les situations parfois rocambolesques se trouvent surtout des gens qui ont envie d’aider un ami.Et finalement, la véritable histoire d’amour de cette BD est peut-être aussi celle-là. Olivier ne cherche pas seulement une femme Il y a pourtant une fêlure derrière cette apparente légèreté. Olivier est un père qui ne voit plus son fils depuis plusieurs années. Frédéric Peynet n’en fait pas une intrigue parallèle artificiellement greffée au récit. Cette absence reste en arrière-plan, mais elle donne une autre dimension au personnage. Olivier est un homme qui regarde beaucoup derrière lui parce que son présent ne ressemble peut-être plus tout à fait à ce qu’il espérait. Retrouver l’inconnue devient alors une manière de renouer avec une époque où tout était encore possible. Et c’est probablement là que Équation à une inconnue touche le plus juste. Parce qu’à 18 ans, on imagine sa vie.À 44 ans, on commence parfois à regarder la différence entre ce qu’on avait imaginé… et ce qui s’est réellement passé.Et ça, aucune équation ne permet vraiment de le résoudre. Le flou comme point de départ Pour la première fois, d’après ce que j’ai compris, Frédéric Peynet assure seul scénario, dessin et couleurs de l’album.Et graphiquement, il assure grave et s’amuse évidemment avec la myopie de son personnage. La scène d’ouverture est notamment construite du point de vue d’Olivier : formes imprécises, silhouette impossible à identifier, perception brouillée…Le flou n’est donc pas simplement une idée scénaristique. Il devient une manière de faire entrer immédiatement le lecteur dans le souvenir du personnage. Pour le reste, le dessin semi-réaliste de Peynet est particulièrement chaleureux.Les visages sont expressifs, les personnages secondaires possèdent de vraies trognes et Cyvette devient progressivement un personnage à part entière. Ses rues, ses commerces, ses habitants, ses habitudes…On sent presque la terrasse du café où tout le monde connaît tout le monde, et où votre vie privée cesse généralement de l’être environ douze minutes après votre arrivée. Les couleurs, dominées notamment par les bleus, jaunes et verts, renforcent cette impression estivale, et c’est bon ! Cette BD sent les vacances à plein nez ! Pas forcément celles où l’on part très loin, mais plutôt celles où l’on revient de quelque part. Du feel-good, mais pas seulement Il serait facile de ranger Équation à une inconnue dans la grande caisse « BD feel-good ». C’est vrai, on sourit beaucoup. Les personnages sont attachants, l »ambiance est chaleureuse et la solidarité qui traverse le récit donne franchement envie de réserver quelques jours à Cyvette. Mais derrière cette douceur se cachent des thèmes plus mélancoliques : Ou si nous avions simplement porté nos lunettes à la piscine lorsqu’une personne nous fait une déclaration…c’est un exemple… Et puis vient la dernière planche… J’aimerais tellement vous dire la fin, mais il est tellement plus jouissif de faire la découverte par soit même…ou de passer à côté ! Disons simplement que Frédéric Peynet sait parfaitement ce qu’il fait.Vous avancez tranquillement, vous pensez avoir compris. Vous tournez les dernières pages. Puis arrive la dernière planche…du moins, on le croit ! Cette fin évite justement la conclusion la plus évidente et donne rétrospectivement une autre saveur à toute l’histoire. Elle est belle, sobre et juste délicate.Mais si je peux vous donner un indice, il faut rester jusqu’à la fin du générique de fin ! Le verdict du Belge qui lit Équation à une inconnue est une bande dessinée généreuse, drôle et tendre qui utilise une recherche amoureuse pour raconter quelque chose de beaucoup plus universel : notre rapport au passé et aux chemins que nous n’avons pas empruntés. Frédéric Peynet aurait pu raconter simplement l’histoire d’un homme cherchant son amour de jeunesse.Il préfère raconter celle d’un homme qui, en cherchant une inconnue, finit surtout par retrouver ses amis, son village et une partie de lui-même Et c’est nettement plus intéressant. Une BD que l’on serre dans les bras comme un doudou nostalgique et drôle, sans chercher tristesse ni embarras. Cette bande dessinée et une très jolie surprise.Et accessoirement une excellente publicité pour les lunettes de piscine correctrices.
  • L’Ange de Padirac : Quand Benoît Sagaro nous fait descendre dans les profondeurs !
    Et si l’un des plus grands secrets de l’humanité était caché sous nos pieds ? Avec L’Ange de Padirac, Benoît Sagaro transforme les profondeurs du célèbre gouffre en décor d’une aventure qui mêle science, Histoire, mystère et histoire d’amour. Un deuxième roman ambitieux, qui évoque parfois Barjavel sans jamais se contenter de l’imiter. Il suffit de descendre dans le gouffre de Padirac, dans le Lot, de prendre place dans l’une des barques qui parcourent sa rivière souterraine et de lever les yeux. Parmi les formations qui dominent les visiteurs se trouve la Grande Pendeloque, impressionnante stalactite suspendue au-dessus de l’eau. C’est dans ce décor bien réel que Benoît Sagaro installe le point de départ de son deuxième roman, L’Ange de Padirac, publié chez Asmodée Edern. L’auteur belge part alors d’une question simple : et si cette formation minérale cachait quelque chose que personne n’aurait imaginé découvrir ? La réponse va entraîner ses personnages, et surtout le lecteur, beaucoup plus loin que les profondeurs du Lot. De Padirac à Rocamadour François est spécialiste des extrêmophiles, ces organismes capables de vivre dans des conditions particulièrement hostiles. Lorsque des phénomènes inhabituels sont détectés au cœur de la Grande Pendeloque, il se retrouve confronté à une découverte susceptible de remettre en question une partie de nos connaissances sur le vivant. En parallèle, Ambre, archéologue, mène des recherches autour de saint Amadour et de l’histoire de Rocamadour. Une relique attire notamment son attention en raison de son étonnant état de conservation. La mort d’un prêtre vient encore ajouter une pièce à une énigme dont les ramifications dépassent progressivement le cadre de ces deux sites emblématiques du Lot. Les cameras du monde entier étaient déjà en place depuis quelques jours. Personne ne voulait rater ça! Il avait fallu faire un tri parmi les agences et contenter un maximum de pays. Le lieu était bien trop confiné pour accueillir toutes les équipes de journalistes. L’ange de Padirac – Benoît Sagaro – Asmodée Edern Les deux intrigues semblent d’abord éloignées. Elles se rapprochent pourtant au fil des chapitres, et c’est précisément dans cette construction que le roman trouve une bonne partie de son efficacité. Difficile d’en raconter davantage sans révéler ce qui constitue le principal plaisir de lecture : comprendre comment toutes ces pièces vont finir par s’assembler. Un roman à la croisée des genres Classer L’Ange de Padirac dans une seule catégorie serait compliqué. Benoît Sagaro emprunte au thriller scientifique, au roman d’aventure et à la science-fiction, tout en puisant dans l’Histoire et les légendes médiévales. Le récit prend même, par moments, une ampleur qui l’emmène vers le space opera. Au centre de cet ensemble se trouve pourtant quelque chose de beaucoup plus intime : une histoire d’amour. Sur le papier, le mélange pouvait paraître risqué. Dans les faits, il fonctionne grâce à une narration particulièrement accessible. Les chapitres courts entretiennent le rythme, l’écriture reste fluide et les informations sont dévoilées progressivement. Sagaro maîtrise surtout l’art de donner une réponse au lecteur tout en faisant immédiatement naître une nouvelle question. Résultat : les pages s’enchaînent rapidement et le roman assume pleinement son statut de page-turner. À ce stade, l’auteur ne coche d’ailleurs plus vraiment les cases de mon bingo littéraire. Il est parti avec le carton. L’ombre de Barjavel Une référence s’est rapidement imposée pendant ma lecture : René Barjavel, et plus particulièrement La Nuit des temps et Le Grand Secret. Pas uniquement parce que les trois romans appartiennent à la science-fiction. Le rapprochement tient davantage à leur manière d’utiliser le genre pour interroger le vivant, le temps et les sentiments humains. Chez Benoît Sagaro, les hypothèses scientifiques et l’aventure ne constituent pas une finalité. Derrière elles apparaît progressivement une histoire d’amour confrontée à des enjeux qui la dépassent. C’est probablement ici que L’Ange de Padirac trouve sa dimension la plus intéressante. J’ai d’abord pensé que nous avions peut-être trouvé « notre Barjavel belge ». La formule est séduisante, mais finalement réductrice. Car si l’influence peut se ressentir, Sagaro construit son propre univers autour d’un hommage annoncé en début de livre ! Il y a une touche de Barjavel, un parfum d’Indiana Jones dans l’aventure, quelque chose de Benjamin Gates dans l’utilisation de l’Histoire et même un écho à Roméo et Juliette dans la dimension sentimentale. Mais au bout du compte, il y a surtout du Benoît Sagaro, et c’est ça que j’aime ! L’eau comme fil conducteur L’eau occupe également une place particulière dans le roman. Sa présence paraît d’abord évidente : Padirac est indissociable de son réseau souterrain et de sa rivière. Mais elle dépasse rapidement la simple fonction de décor. Sagaro l’intègre à ses réflexions sur le vivant, sur ses origines et sur les conditions nécessaires à son développement. Elle accompagne également les interrogations du roman autour de la longévité et ramène régulièrement le récit vers notre propre planète. Sur leur planète sèche, il y avait bien eu quelques espaces verts, artificiels. Mais, très vite, ils avaient disparu, par manque d’eau. L’ange de Padirac – Benoît Sagaro – Asmodée Edern C’est l’un des aspects que j’ai le plus appréciés. Car derrière l’aventure spectaculaire se dessine progressivement une réflexion plus discrète sur la Terre, ses ressources et sa fragilité. Sans transformer son histoire en manifeste écologique, l’auteur rappelle combien la présence de l’eau participe au caractère exceptionnel de notre planète. Et vue d’un peu plus loin, il faut bien reconnaître une chose : elle a quand même sacrément de la gueule, notre petite planète bleue. Une science-fiction qui entretient le doute Le roman repose évidemment sur la fiction et pousse certaines hypothèses très loin. Il ne cherche pas pour autant à faire passer l’imaginaire pour une vérité scientifique. En revanche, L’auteur utilise suffisamment d’éléments réels pour rendre son univers crédible. Les extrêmophiles, la longévité, l’eau ou les recherches autour du vivant offrent ainsi une base sur laquelle l’auteur peut construire son imaginaire. Cette cohérence permet au lecteur d’accepter progressivement des développements beaucoup plus spectaculaires. Et c’est précisément ce que j’attends d’une bonne science-fiction. Pas nécessairement qu’elle me fasse croire que tout est possible, mais qu’elle réussisse à provoquer, pendant quelques secondes, cette petite question : « Attends… et si ? » L’Ange de Padirac y parvient à plusieurs reprises. Un deuxième roman particulièrement ambitieux Benoît Sagaro n’en est pourtant qu’à son deuxième roman. Son premier, La Conjonction dorée, avait remporté le Grand Prix du Prix littéraire Femme Actuelle en 2020. Six années séparent les deux ouvrages. Ce temps semble avoir permis à l’auteur de construire une intrigue particulièrement dense sans la rendre inaccessible. Malgré la quantité de thèmes abordés, le lecteur n’a jamais l’impression de devoir suivre un cours scientifique ou historique pour comprendre ce qui se joue. L’ambition est là, mais elle reste au service du récit. C’est probablement ce qui explique aussi l’efficacité du roman : Benoît Sagaro semble avoir beaucoup de choses à raconter, mais il n’oublie jamais qu’avant tout, il doit raconter une histoire. Plus qu’un simple coup de cœur L’Ange de Padirac m’a surtout rappelé pourquoi j’aime les romans d’aventure. Pour cette envie de comprendre ce qui se trouve derrière la prochaine découverte. Pour les théories que l’on construit en cours de lecture. Pour celles que l’auteur s’amuse ensuite à démonter. Et pour cette impression que l’on pourrait encore trouver quelque chose d’extraordinaire dans un lieu pourtant bien réel. Le roman est rythmé, accessible et généreux. Son mélange entre science, Histoire et fiction fonctionne, mais c’est sa dimension humaine qui lui permet d’aller au-delà du simple divertissement. Et puis il y a la fin. Je n’en dirai évidemment rien. Disons simplement qu’elle m’a fait refermer le livre en le serrant contre moi comme un doudou, avec cette sensation assez rare qu’un auteur venait de me confier un secret. Chacun gère ses émotions littéraires comme il peut. Il s’engagea dans l’escalier en colimaçon situé sous l’orgue.Il ne dut pas aller très loin pour découvrir un corps gisant au pied de l’instrument. La lumière manquait, mais il comprit très vite, en voyant le visage figé de l’individu, que c’en était fini pour lui. L’ange de Padirac – Benoît Sagaro – Asmodée Edern Alors non, L’Ange de Padirac n’est pas simplement un coup de cœur. Pour moi, c’est bien au-dessus. Benoît Sagaro signe un roman d’aventure ambitieux, extrêmement efficace et suffisamment humain pour continuer à accompagner le lecteur après la dernière page. Il y a du Barjavel, de l’aventure archéologique, de la science-fiction et une grande histoire d’amour. Mais surtout, il y a désormais une identité que l’auteur peut revendiquer comme la sienne. On pourrait dire que la Belgique a trouvé son Barjavel. Je préfère finalement dire autre chose : elle a trouvé son Sagaro. Et si vous voulez savoir quel secret se cache dans les profondeurs de Padirac, je ne peux plus rien faire pour vous. Il va falloir descendre profondément !
  • L’Expérience Pentagramme d’Yves Sente : Waterloo n’avait vraiment pas besoin d’un nouveau complot
    Quand un scénariste habitué aux labyrinthes narratifs de Blake et Mortimer, XIII ou Thorgal décide de passer au roman noir, forcément, on dresse l’oreille. Et quand ce scénariste s’appelle Yves Sente, on se doute qu’on ne partira pas pour une petite promenade du dimanche sur la butte du Lion. Parce que dans L’Expérience Pentagramme, cinq Américains qui ne se connaissent absolument pas vont tout quitter pour venir s’installer au même endroit. En Belgique. À Waterloo. Pourquoi ? Parce qu’une voix dans leur tête leur a demandé de le faire. Personnellement, quand une voix me dit d’aller à Waterloo, je vérifie d’abord Waze. Eux ont traversé l’Atlantique. Et forcément, ça chatouille les narines. Cinq Américains ont été « appelés » Cinq Américains. Cinq vies différentes. Aucun lien apparent. Et pourtant, presque simultanément, quelque chose les pousse à abandonner leur quotidien pour rejoindre le Clos de l’Empereur, à Waterloo. Une sacrée coïncidence. Sauf que nos cinq nouveaux voisins découvrent rapidement quelques similitudes légèrement embarrassantes : un passé militaire, des traumatismes, de violentes migraines… Et surtout cette impression commune. Ils n’ont pas réellement décidé de venir. Ils ont été appelés. Pendant ce temps, à Washington, au cœur de la DARPA, la Defense Advanced Research Projects Agency, une alerte vient de s’allumer. Un ancien volontaire d’un programme expérimental consacré à la gestion des traumatismes de guerre a déserté. L’enquête est confiée à la commandante Waya Wings, cheffe de la sécurité de l’agence. Méthodique, intègre et tenace, elle comprend rapidement qu’elle n’est pas simplement à la recherche d’un militaire en fuite. Quelque chose s’est déclenché. Quelque chose relie ces cinq personnes. Et nous, évidemment, on veut savoir quoi. Yves Sente est scénariste. Et ça se voit. Mais dans le bon sens. Yves Sente écrit en images. Les scènes sont visuelles, les changements de point de vue donnent du rythme et les informations arrivent suffisamment vite pour nourrir notre curiosité… mais jamais assez pour la satisfaire complètement. Merci Yves. Faux-semblants, manipulations, services secrets, expériences neurologiques, traumatismes de guerre et soupçon d’« homme augmenté » : L’Expérience Pentagramme possède tous les ingrédients du thriller scientifique et d’espionnage. Et la mécanique fonctionne. Très bien même. Le roman est nerveux, fluide et surtout terriblement addictif. Vous connaissez cette immense escroquerie que l’on se raconte le soir ? Encore un chapitre et j’arrête. On tourne les pages comme on accélère sur une autoroute américaine : on sait qu’il faudrait probablement lever le pied… mais maintenant qu’on est lancé. Waya Wings, j’en voulais plus ! Parmi les personnages, Waya Wings est clairement celle qui m’a le plus accroché. Droite dans ses bottes militaires, déterminée et peu impressionnée par les pressions hiérarchiques, elle m’a parfois fait penser à une sorte de Jack Reacher au féminin. Elle avance. Elle cherche. Elle pose les questions que certains préféreraient ne surtout pas entendre. Seulement voilà… j’en voulais davantage. J’ai parfois eu l’impression qu’elle restait trop en retrait alors qu’elle possède tout pour devenir l’un des personnages forts de cet univers. « Quand les scientifiques du Pentagone dérapent, c’est à moi qu’on fait appel » Autour d’elle, heureusement, les personnages ne sont pas lisses. Chacun transporte ses blessures, ses traumatismes et ses secrets.Parce qu’un thriller où tout le monde va bien serait tout de suite moins pratique. Tout fonctionne… peut-être un peu trop bien C’est finalement mon principal bémol. Si vous avez déjà dévoré quelques thrillers anglo-saxons, vous reconnaîtrez rapidement le terrain : services secrets, programme expérimental, manipulations, hiérarchie peu pressée de voir certaines vérités sortir au grand jour… On connaît la boutique. Yves Sente ne révolutionne pas les codes du genre. Il les maîtrise. J’aurais également aimé qu’il creuse davantage les questions fascinantes qu’il soulève autour de la manipulation mentale et de l’être humain augmenté. À partir de quand soigne-t-on quelqu’un ? À partir de quand commence-t-on à le modifier ? Le roman installe le malaise, mais préfère généralement repartir vers l’action plutôt que de s’attarder sur la question. Et puis il y a cette fin. Sans spoiler, j’ai senti le roman accélérer et certaines pièces commencer à se mettre en place pour… la suite. Je l’ai vue arriver au loin. Et oui, Yves Sente est scénariste. On ne le refait pas ! Mais cette préparation m’a légèrement dérangé. J’aurais préféré refermer ce premier roman avec le sentiment d’une aventure totalement bouclée avant qu’on commence déjà à regarder vers la suivante. Rien de rédhibitoire. Juste un petit goût de « j’aurais bien repris quelques pages ». Alors, on lit ? Oui. L’Expérience Pentagramme est un vrai page-turner : efficace, visuel, nerveux et suffisamment mystérieux pour vous attraper dès les premières pages. J’aurais voulu davantage de Waya Wings, un peu plus d’audace dans certains codes du thriller et une réflexion plus profonde sur les questions éthiques que le roman soulève. Mais malgré ça ? J’ai dévoré le bouquin et ce livre a été à la troisième place du prix des lecteurs Club – Thriller 2025 Et vous ? Si demain matin une voix intérieure vous demandait de tout quitter pour aller vivre à Waterloo… vous faites vos valises ou vous prenez rendez-vous chez le médecin ?
  • Adeline Dieudonné m’invite « Dans la Jungle », et je m’y suis un peu perdu.
    Il y a des livres que je ressens immédiatement. Et puis il y a ceux que je regarde presque de l’extérieur. Dans la jungled’Adeline Dieudonné s’est installé entre les deux, dans une zone étrange où je comprenais tout… sans jamais être totalement emporté. Dès le départ, le roman ne cherche pas à cacher quoi que ce soit. Arnaud a tué Aurélie, leurs deux enfants, avant de se suicider. Tout est posé. Alors je me suis accroché à cette promesse : comprendre. Remonter le fil. Voir comment on en arrive là. Et très vite, j’ai senti que j’allais assister à quelque chose de construit, de précis, presque méthodique. On rêve toujours de ce que l’on n’a pas et pour finir la réalité déçoit.  Dans la jungle – Adeline Deieudonné – Ed. L’iconoclaste C’est ça qui m’a marqué pendant toute ma lecture. Cette impression d’être toujours un pas en avance, ou peut-être simplement au même niveau que le texte, jamais en dessous. Je comprenais les mécanismes, les glissements, les petits riens qui s’accumulent. Un mot de trop. Un silence. Une tension qui s’installe. Tout était lisible. Tout était clair. Mais je ne vivais pas vraiment ces moments. Je les observais.Je pense que l’arc narratif était connu et je crois que j’avais « Chanson douce » qui trainait un peu dans un tiroir mental. Dès lors, cette surprise ne m’a pas vraiment percuté ! Comme si j’étais derrière une vitre, à regarder une tempête se former. Je voyais les nuages s’amonceler, je comprenais qu’ils allaient éclater… mais je ne recevais pas la pluie. Et pourtant, j’ai senti à quel point le roman est travaillé. Cette manière de s’attarder sur les détails, de construire une ambiance à partir de gestes anodins, de laisser les choses s’installer sans jamais forcer. Il y a une vraie maîtrise dans la façon dont tout se met en place. Une mécanique discrète, mais solide, qui avance sans bruit.On traque les détails tant dans les situation, les gestes, les objets. Mais aussi les petits mensonges qui font effet boule de neige. Et ça rend les tensions réelles, mais De retour dans la cuisine elle vit qu’elle avait un message de sa mère, Suzanne venait aux nouvelles, demandait comment se passaient les vacances. Dans la jungle – Adeline Deieudonné – Ed. L’iconoclaste J’ai aussi été touché par ce cadre très belge, très reconnaissable, presque familier. Cette bourgeoisie tranquille (PS : moi aussi j’ai un petit « de »…c’est faux, j’en ai 2), ces vies bien rangées, ces façades qui tiennent debout coûte que coûte. Il y a quelque chose de juste là-dedans, quelque chose qui parle sans en faire trop. Et au milieu de tout ça, il y a cette lente dérive. Cette histoire qui bascule sans jamais vraiment exploser. J’ai compris ce que le texte voulait me faire ressentir. Je voyais les signes, je les accumulais, je les analysais presque malgré moi. Mais ça restait à la surface… et c’est assez paradoxal car le roman n’est pas mauvais en soit ! Je n’ai jamais eu cette sensation d’être happé, de retenir mon souffle, de tourner les pages avec urgence. J’avançais, simplement. Présent, mais pas immergé. Alors forcément, je me suis interrogé. Pas sur le livre, mais sur moi. Sur ce moment de lecture. Sur cette disponibilité que je n’avais peut-être pas complètement. Parce que c’est le genre de roman qui demande de l’attention, de la finesse, une forme d’abandon aussi. Et peut-être que je n’étais pas prêt à ça. Arnaud essayait à nouveau de la joindre, elle rejeta l’appel. Soudain elle perçut le bruit d’un moteur derrière le crépitement de la pluie; Une voiture de pompier apparut dans l’allée, elle s’élança à sa rencontre. Dans la jungle – Adeline Deieudonné – Ed. L’iconoclaste Du coup, j’ai traversé l’histoire sans m’y perdre. Mais je le répète, c’est assez paradoxal de trouver un roman bon dans le sens littéraire du terme, mais de ne pas en profiter pleinement. Je garde en tête une écriture précise, une construction maîtrisée, une volonté claire de décortiquer quelque chose de profondément humain et dérangeant. Je garde aussi cette impression étrange d’avoir tout compris… sans avoir été renversé. Ce n’est pas un roman que j’ai rejeté. Ce n’est pas un roman qui m’a marqué profondément non plus.Aussi, je tiens à dire (ou redire) que ces bandeaux sont un horrible paradoxe. Ici, le « Féroce et addictif » est tel un biais de confirmation auquel on s’attend à plonger. Sauf qui c’est pas le cas…est-ce le lecteur le problème ou le marketing qui a eu raison de nous ? C’est un roman qui est passé. Voilà…mais pas mis de côté. Et parfois, lire, c’est aussi ça : frôler un livre sans qu’il nous traverse vraiment. C’est à mon sens une invitation à le relire…quand les tracas du quotidien m’auront quitté !
  • Lovecraft ressurgit des profondeurs : l’incroyable découverte du “Cursed Hotel”
    Il y a des histoires qui sentent le canular à plein nez… et puis il y a celles qui vous attrapent doucement, comme un courant invisible, jusqu’à vous faire plonger dans quelque chose de bien réel. Celle-ci commence de façon presque anodine. Un éditeur belge, Éric Lamiroy, décide un jour de partir à la pêche aux homonymes. Oui, littéralement. Une idée un peu folle, un peu ludique, comme un lancer de ligne dans l’océan des possibles. Et dans cet océan, il remonte un nom : John Lamiroy. Américain. Motard. Rhode Island. Rien, à première vue, qui puisse laisser présager autre chose qu’une conversation sympathique entre deux parfaits inconnus. Et pourtant. Les échanges se multiplient, les liens se tissent, et peu à peu, une vérité remonte à la surface : ils sont cousins. Lointains, certes, mais suffisamment pour que l’histoire prenne une tournure inattendue. Comme si, au milieu d’un banc de hasards, une trajectoire se dessinait. Et c’est là que tout bascule. John travaille bénévolement à l’Université Brown, à Providence. Pour les amateurs de littérature, ce nom résonne immédiatement : Providence, c’est la ville de H. P. Lovecraft. Le berceau d’un imaginaire sombre, tentaculaire, presque abyssal. Dans cette université se trouve l’une des plus grandes collections au monde consacrées à l’auteur. Des lettres, des brouillons, des fragments d’univers… et parfois, des zones d’ombre. Un jour, presque par hasard, ou par ce genre de destin un peu tordu qui aime jouer avec nous, John tombe sur une vieille caisse. Une caisse oubliée, posée là comme un vestige d’un autre temps. On imagine presque la poussière danser dans la lumière, comme des écailles argentées. Et à l’intérieur… un manuscrit. Un texte inédit. Un texte de Lovecraft. Pendant des années, certains évoquaient son existence comme on parle d’un vieux mythe, d’une rumeur un peu floue, d’un poisson qu’on jure avoir vu mais qu’on ne peut jamais vraiment prouver. Et pourtant, cette fois, il est là. Tangible. Réel. Presque frémissant entre les mains de celui qui le découvre. Son titre : The Cursed Hotel. – L’hôtel maudit Une histoire de malédiction, née d’une humiliation, qui s’abat sur un hôtel jusqu’à provoquer sa chute. Une intrigue inspirée de faits réels, écrite vraisemblablement entre 1936 et 1937, peu avant la mort de Lovecraft. Un texte qui, comme un vieux bar caché dans les profondeurs, avait échappé aux regards pendant près d’un siècle. Et puis, le voilà qui refait surface. Ce qui rend cette histoire encore plus savoureuse, c’est son retour jusqu’à nous. Le texte étant aujourd’hui libre de droit, il a pu être retraduit par Gorian Delpâture, chroniqueur littéraire bien connu, avec l’accord de l’institution américaine. Résultat : une édition française, portée par un éditeur belge. Oui, belge. Comme si toute cette histoire avait suivi un courant bien précis pour revenir là où elle devait être racontée. Comme si, depuis le début, quelque chose nageait sous la surface, attendant le bon moment pour surgir. Et au fond, c’est peut-être ça, la vraie magie de la littérature. Elle ne disparaît jamais vraiment. Elle se cache. Elle dérive. Elle attend. Comme une anguille insaisissable ou un vieux brochet tapi dans l’ombre, prête à surgir au moment où l’on s’y attend le moins. Alors on se prend à rêver. Combien de textes dorment encore quelque part ? Combien d’histoires, oubliées dans des caisses, des greniers ou des archives, attendent qu’un regard curieux — ou un Lamiroy — vienne les réveiller ? Parfois, il suffit d’un hasard. Ou d’un hameçon bien lancé.

Un livre à défendre, une histoire à raconter ?

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