Un siècle de mensonges — Et si toute votre vie reposait sur un mensonge ?

Un siècle de mensonge
À lire si vous aimez : es enquêtes à tiroirs, les secrets qui traversent plusieurs générations, les récits mêlant petite et grande Histoire et les romans dans lesquels chaque réponse fait apparaître une nouvelle question.
Vous êtes journaliste. Votre carrière ne ressemble pas vraiment à celle dont vous rêviez et, un beau jour, un richissime Américain de 92 ans vous propose une somme difficilement refusable pour écrire sa biographie.
Pourquoi vous ?
Bonne question.
Et vous feriez bien de vous la poser avant de signer.
Parce que dans Un siècle de mensonges, premier roman du Belge Jean-Louis Aerts, écrire la vie d’un autre va surtout obliger Marylou à fouiller dans la sienne.
Et certaines familles feraient mieux de laisser leurs placards fermés.
Une journaliste, un vieillard et beaucoup trop de questions
Marylou Voinet a 33 ans.
Journaliste dans un quotidien belge, elle rêvait de grands reportages et de voyages autour du monde. La réalité est un peu moins glamour : elle végète dans une rédaction où son avenir professionnel devient de plus en plus incertain.
Jusqu’à cette proposition.
Un mystérieux et richissime Américain, Dantiedov, veut qu’elle écrive sa biographie.
Le salaire est considérable.
Le genre de proposition devant laquelle votre banquier vous conseille probablement de ne pas poser trop de questions.Marylou accepte.
Mauvaise idée, ou excellente idée, si vous êtes le lecteur.
Car très rapidement, elle comprend que son employeur ne l’a pas choisie par hasard. Dantiedov la manipule, lui impose ses règles et transforme progressivement ce qui devait être un travail de journaliste en un gigantesque jeu de piste.
Et il y a une question qui revient sans cesse : Pourquoi elle ?
Remonter jusqu’en 1907 pour comprendre le présent
C’est là que Jean-Louis Aerts construit ce qui fait tout le sel de son roman. Pour comprendre ce qui lui arrive, Marylou va devoir remonter le temps.
Pas littéralement, rassurez-vous. Nous ne sommes pas chez Barjavel.
Son enquête la conduit de Bruxelles à New York, en passant notamment par Syracuse, et surtout à travers près d’un siècle d’Histoire. Peu à peu, les morceaux d’un immense puzzle commencent à s’emboîter.
Parce que derrière la biographie de Dantiedov se cache autre chose : une histoire de famille, une histoire de secrets.
Une histoire dont les racines remontent jusqu’en 1907 et dont Marylou est beaucoup moins extérieure qu’elle ne l’imaginait.
Et c’est précisément là que le roman devient particulièrement efficace : l’enquêtrice finit par comprendre qu’elle fait elle-même partie de l’enquête.
Dans la vie, il faut savoir ce que tu veux.
Si tu sais ce que tu veux, tu viendras un loup, sinon, stp resteras un petit agneau tout doux, qui se fera bouffer tout cru, comme dans la fable de La Fontaine.
Quand l’Histoire rencontre le thriller
Un siècle de mensonges est assez difficile à ranger dans une seule petite case.
Et c’est tant mieux.
Il y a du thriller psychologique, de l’enquête, une quête identitaire, du roman historique et même quelque chose du récit d’aventures.

Jean-Louis Aerts utilise plusieurs événements du XXe siècle pour nourrir son intrigue, sans transformer son roman en cours d’Histoire. L’Histoire avec un grand H sert surtout les histoires avec un petit h.
Celles des familles. Celles des choix que l’on fait.
Et surtout celles des choix faits par d’autres bien avant notre naissance, mais dont nous continuons parfois à subir les conséquences plusieurs décennies plus tard.
C’est peut-être finalement cela, le véritable sujet du livre : Sommes-nous réellement maîtres de notre propre histoire ?
Un puzzle qui donne envie de jouer
La grande force du roman réside dans sa construction. Jean-Louis Aerts dépose ses indices petit à petit. Un événement, une rencontre, une date, un détail qui semble anodin.
Et forcément, en lecteur consciencieux et absolument raisonnable, on commence à élaborer des théories. On assemble les morceaux.
On pense avoir compris.On change d’avis. On soupçonne quelqu’un. Puis quelqu’un d’autre.
Et pendant ce temps-là, Dantiedov semble toujours avoir trois coups d’avance.
Le personnage est d’ailleurs particulièrement réussi. Manipulateur, mystérieux et parfois franchement exaspérant, il entretient cette sensation permanente que tout ce qui arrive à Marylou était prévu depuis longtemps.
Le roman prend alors des allures de partie d’échecs. Sauf que Marylou découvre progressivement qu’elle n’est peut-être pas la joueuse.
Elle pourrait bien être une pièce sur l’échiquier.

Un roman belge qui voyage
Il y a également quelque chose que j’aime forcément beaucoup ici : la Belgique n’est pas un simple décor posé là parce que l’auteur est belge.
Bruxelles existe réellement dans le récit.
On y circule, on reconnaît certains lieux et cette proximité donne au roman une saveur particulière.
D’autres lecteurs ont d’ailleurs souligné ce plaisir de retrouver Bruxelles et même Redu au fil de l’histoire.
Et puis le roman voyage.
New York, Syracuse…
Cette alternance entre le très proche et le beaucoup plus lointain colle parfaitement à Marylou : cette journaliste qui rêvait justement de parcourir le monde va finir par voyager.
Simplement pas pour les raisons qu’elle imaginait.
Dantiedov le lui avait demandé, certes, mais, à force de creuser le passé de quelqu’un d’autre, on finit par avoir envie de déterrer le sien, quoi qu’il en coûte.
Quelques centaines de pages de « encore un chapitre »
Un siècle de mensonges fait partie de ces romans construits pour vous pousser vers le chapitre suivant.
Les chapitres s’enchaînent, les informations arrivent progressivement et chaque réponse semble surtout provoquer deux nouvelles questions.
Le récit privilégie clairement le rythme.
Certains lecteurs pourront d’ailleurs lui reprocher d’aller parfois trop vite et de ne pas creuser autant la psychologie des personnages qu’ils l’auraient souhaité. C’est une réserve que l’on retrouve dans certaines critiques du roman.
Mais cette rapidité participe aussi à son efficacité.
Parce qu’on veut savoir.
Qui est réellement Dantiedov ?
Pourquoi Marylou ?
Qu’est-ce qui relie tous ces événements ?
Et surtout…
quel est le mensonge ?
Et quand le puzzle semble terminé…
Évidemment, je ne vais pas vous raconter la fin.
Ce serait particulièrement criminel avec un roman pareil.
Disons simplement que Jean-Louis Aerts ne construit pas pendant des centaines de pages un gigantesque puzzle pour poser tranquillement la dernière pièce en disant :
« Voilà. Merci d’avoir joué. »
Le dénouement fait partie des éléments qui ont beaucoup marqué les lecteurs à la sortie du livre, plusieurs critiques le qualifiant de surprenant ou déroutant.
Et surtout, une fois la dernière page tournée, on regarde différemment tout ce qui précédait.
Ce qui est généralement plutôt bon signe.
Fritométriquement parlant
Un siècle de mensonges est un roman qui mélange habilement thriller, secrets de famille, Histoire et quête identitaire.
Ce n’est pas nécessairement le livre que je conseillerais à quelqu’un cherchant un thriller très sombre ou extrêmement psychologique.
En revanche, si vous aimez les romans construits comme des puzzles, les secrets enfouis depuis plusieurs générations et ces histoires dans lesquelles le passé finit toujours par venir réclamer son dû…
Vous risquez de tourner les pages assez vite.
Et puis il y a quelque chose de particulièrement réjouissant à voir un auteur belge envoyer son héroïne à New York et Syracuse avant de nous rappeler que certains des plus grands mystères peuvent commencer beaucoup plus près de chez nous.
Par exemple à Bruxelles.
Comme quoi, pour trouver un bon secret de famille, il n’est pas toujours nécessaire de traverser l’Atlantique.
Il suffit parfois d’ouvrir le bon placard.
Une souche de mayo qui manque


