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Equation à une inconnue : L’amour est aveugle… mais parfois il est juste myope !

Couverture de Equation à une inconnue
LE LIVRE AU COMPTOIRA avoir dans sa bibliothèque !

Equation à une inconnue

Frédéric Peynet

Grand Angle · Bande Dessinée · 2026 · 104 pages · Tous public

À lire si vous aimez : comédie romantique – Feel-good

Il y a des moments dans une vie qu’on oublie immédiatement.
Le code du parking, ce qu’on était venu chercher dans la cuisine, le prénom de cette personne qui vient de nous dire : « Ça fait longtemps ! ».

Et puis il y a les autres.
Ceux qui durent quelques secondes mais qui, vingt-six ans plus tard, sont toujours là.

Pour Olivier, ce moment a eu lieu dans une piscine municipale.
Il a 18 ans lorsqu’une jeune femme vient lui parler. Elle le connaît. Elle sait qu’il a déménagé. Et surtout, elle lui avoue avoir été amoureuse de lui.

Une scène touchante et magique…à un détail près.
Olivier est myope comme une taupe.

Et comme il est assez peu pratique de nager avec ses lunettes, il ne distingue devant lui qu’une silhouette floue.
Une voix. Quelques mots. Un aveu. Et absolument aucun visage.

Autrement dit : l’amour est peut-être aveugle, mais chez Olivier, il est juste myope…littéralement !

Vingt-six ans plus tard…

Olivier est désormais chauffeur de taxi.

La quarantaine passée, sa vie n’a pas exactement suivi la trajectoire qu’il aurait imaginée à 18 ans. Il est notamment séparé de son fils, qu’il n’a plus vu depuis plusieurs années. Une absence que Frédéric Peynet ne transforme jamais en énorme panneau lumineux marqué « TRAUMATISME DU PERSONNAGE », mais qui accompagne Olivier en permanence.

Un jour, à la gare de Bordeaux, une cliente lui demande une course pour le moins inhabituelle : plusieurs centaines de kilomètres afin de rejoindre au plus vite sa compagne sur le point d’accoucher.

Olivier accepte.
Sept heures de route, ça laisse le temps de discuter. Et forcément, à un moment, l’histoire de la piscine ressort.
Sa passagère lui pose alors la question que n’importe qui poserait :

Pourquoi ne pas essayer de la retrouver ?
D’autant que la destination du voyage conduit Olivier à proximité de Cyvette, le village de son enfance.

Le hasard vient de remettre une vieille histoire sur la table.
Il ne reste plus qu’à voir ce qu’Olivier va en faire.

Frédéric PEYNET a tout fait : du scénario à la couleur !

Retour à Cyvette

Après un accident sans gravité qui immobilise son taxi, Olivier est contraint de rester quelque temps dans les environs.
Il retourne alors dans son ancien village.
Les rues ont changé. Les commerces aussi. Les années sont passées.

Ces potes de sont adolescence sont toujours là.
Olivier retrouve d’anciens camarades et, au détour d’une soirée, raconte cette fameuse histoire de la piscine.

Il aurait probablement mieux fait de se taire, parce qu’à partir de cet instant, retrouver l’inconnue devient pratiquement une affaire d’État à Cyvette.

Les amis s’en mêlent. Le village s’enthousiasme. Les idées fusent. La presse locale entre dans la danse. Tout le monde veut résoudre cette équation à une inconnue.

Sauf qu’il manque quand même une donnée assez importante : l’identité de la femme recherchée. Ce qui n’a jamais empêché un village entier de s’occuper de ce qui ne le regarde pas.
Et heureusement, parce que c’est précisément là que l’histoire devient particulièrement attachante.

Une inconnue qui n’est finalement qu’un prétexte

Sur le papier, Équation à une inconnue pourrait facilement être résumée comme une histoire d’amour potentielle
Un homme revient sur les traces d’une femme qui lui a déclaré sa flamme vingt-six ans auparavant.

Simple et Romantique le direz-vous ! Presque trop simple d’ailleurs !

Mais Frédéric Peynet est plus malin que ça.

L’inconnue est surtout le prétexte qui permet à Olivier de revenir vers son passé.

En cherchant cette femme, il retrouve ses amis, il redécouvre son village.
Il se confronte à l’homme qu’il est devenu et à celui qu’il pensait devenir lorsqu’il avait 18 ans, et forcément, une question finit par apparaître :

Et si… ?

Et si Olivier avait vu le visage de cette jeune femme ?
Et s’il l’avait retrouvée le lendemain ?
Et s’il était resté à Cyvette ?

Et si sa vie avait pris une autre direction ?

Ça ne vous rappel rien ? Nous avons tous quelques « et si » rangés quelque part.
Ils ne nous empêchent pas nécessairement de vivre, mais ils savent parfois très bien revenir gratter à la porte.

Une bande de copains qu’on aimerait presque avoir

L’autre grande réussite de l’album vient de sa galerie de personnages.
Les anciens amis d’Olivier ont vieilli, évidemment. Chacun a suivi son chemin, connu ses réussites, ses échecs, ses habitudes.

Mais lorsqu’ils se retrouvent, quelque chose revient immédiatement.
Cette complicité particulière des amitiés anciennes où vingt années peuvent disparaître autour d’un verre.

La mobilisation pour retrouver l’inconnue devient parfois complètement disproportionnée.

Soyons sérieux deux minutes : dans la vraie vie, il y a probablement un moment où quelqu’un aurait simplement conseillé à Olivier de passer à autre chose.

À Cyvette, non.
À Cyvette, on organise quasiment une mobilisation générale.
Et c’est très bien comme ça.

Parce que cette légère exagération donne au récit son énergie et son côté feel-good sans empêcher les personnages d’exister.
Derrière les situations parfois rocambolesques se trouvent surtout des gens qui ont envie d’aider un ami.
Et finalement, la véritable histoire d’amour de cette BD est peut-être aussi celle-là.

Olivier ne cherche pas seulement une femme

Il y a pourtant une fêlure derrière cette apparente légèreté. Olivier est un père qui ne voit plus son fils depuis plusieurs années.

Frédéric Peynet n’en fait pas une intrigue parallèle artificiellement greffée au récit. Cette absence reste en arrière-plan, mais elle donne une autre dimension au personnage.

Olivier est un homme qui regarde beaucoup derrière lui parce que son présent ne ressemble peut-être plus tout à fait à ce qu’il espérait.

Retrouver l’inconnue devient alors une manière de renouer avec une époque où tout était encore possible.

Et c’est probablement là que Équation à une inconnue touche le plus juste.

Parce qu’à 18 ans, on imagine sa vie.
À 44 ans, on commence parfois à regarder la différence entre ce qu’on avait imaginé… et ce qui s’est réellement passé.
Et ça, aucune équation ne permet vraiment de le résoudre.

Le flou comme point de départ

Pour la première fois, d’après ce que j’ai compris, Frédéric Peynet assure seul scénario, dessin et couleurs de l’album.
Et graphiquement, il assure grave et s’amuse évidemment avec la myopie de son personnage.

La scène d’ouverture est notamment construite du point de vue d’Olivier : formes imprécises, silhouette impossible à identifier, perception brouillée…
Le flou n’est donc pas simplement une idée scénaristique. Il devient une manière de faire entrer immédiatement le lecteur dans le souvenir du personnage.

Pour le reste, le dessin semi-réaliste de Peynet est particulièrement chaleureux.
Les visages sont expressifs, les personnages secondaires possèdent de vraies trognes et Cyvette devient progressivement un personnage à part entière.

Ses rues, ses commerces, ses habitants, ses habitudes…
On sent presque la terrasse du café où tout le monde connaît tout le monde, et où votre vie privée cesse généralement de l’être environ douze minutes après votre arrivée.

Les couleurs, dominées notamment par les bleus, jaunes et verts, renforcent cette impression estivale, et c’est bon !

Cette BD sent les vacances à plein nez !

Pas forcément celles où l’on part très loin, mais plutôt celles où l’on revient de quelque part.

Du feel-good, mais pas seulement

Il serait facile de ranger Équation à une inconnue dans la grande caisse « BD feel-good ».

C’est vrai, on sourit beaucoup. Les personnages sont attachants, l »ambiance est chaleureuse et la solidarité qui traverse le récit donne franchement envie de réserver quelques jours à Cyvette.

Mais derrière cette douceur se cachent des thèmes plus mélancoliques :

  • Le temps qui passe;
  • Les occasions manquées;
  • Les amis que l’on perd de vue;
  • Les relations qui se brisent;
  • Les souvenirs que l’on idéalise;
  • Et surtout cette étrange tendance que nous avons à nous demander ce qu’aurait été notre vie si, un jour, nous avions tourné à gauche plutôt qu’à droite (ou l’inverse si vous voulez !)

Ou si nous avions simplement porté nos lunettes à la piscine lorsqu’une personne nous fait une déclaration…c’est un exemple…

Et puis vient la dernière planche…

J’aimerais tellement vous dire la fin, mais il est tellement plus jouissif de faire la découverte par soit même…ou de passer à côté !

Disons simplement que Frédéric Peynet sait parfaitement ce qu’il fait.
Vous avancez tranquillement, vous pensez avoir compris.

Vous tournez les dernières pages.

Puis arrive la dernière planche…du moins, on le croit !

Cette fin évite justement la conclusion la plus évidente et donne rétrospectivement une autre saveur à toute l’histoire. Elle est belle, sobre et juste délicate.
Mais si je peux vous donner un indice, il faut rester jusqu’à la fin du générique de fin !

Le verdict du Belge qui lit

Équation à une inconnue est une bande dessinée généreuse, drôle et tendre qui utilise une recherche amoureuse pour raconter quelque chose de beaucoup plus universel : notre rapport au passé et aux chemins que nous n’avons pas empruntés.

Frédéric Peynet aurait pu raconter simplement l’histoire d’un homme cherchant son amour de jeunesse.
Il préfère raconter celle d’un homme qui, en cherchant une inconnue, finit surtout par retrouver ses amis, son village et une partie de lui-même
Et c’est nettement plus intéressant.

Une BD que l’on serre dans les bras comme un doudou nostalgique et drôle, sans chercher tristesse ni embarras.

Cette bande dessinée et une très jolie surprise.
Et accessoirement une excellente publicité pour les lunettes de piscine correctrices.

Intrigue
🍟🍟🍟🍟🍟
5/5
Personnages
🍟🍟🍟🍟🍟
4/5
Écriture
🍟🍟🍟🍟🍟
5/5
Émotion
🍟🍟🍟🍟🍟
5/5
Addiction
🍟🍟🍟🍟🍟
5/5
24frites sur 25

Manque un slouch de sauce et c’est parfait !

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