L’Expérience Pentagramme d’Yves Sente : Waterloo n’avait vraiment pas besoin d’un nouveau complot
13/09/2026/
Quand un scénariste habitué aux labyrinthes narratifs de Blake et Mortimer, XIII ou Thorgal décide de passer au roman noir, forcément, on dresse l’oreille.
Et quand ce scénariste s’appelle Yves Sente, on se doute qu’on ne partira pas pour une petite promenade du dimanche sur la butte du Lion.
Yves Sente !
Parce que dans L’Expérience Pentagramme, cinq Américains qui ne se connaissent absolument pas vont tout quitter pour venir s’installer au même endroit.
En Belgique. À Waterloo. Pourquoi ?
Parce qu’une voix dans leur tête leur a demandé de le faire.
Personnellement, quand une voix me dit d’aller à Waterloo, je vérifie d’abord Waze.
Eux ont traversé l’Atlantique. Et forcément, ça chatouille les narines.
Cinq Américains ont été « appelés »
Cinq Américains. Cinq vies différentes. Aucun lien apparent.
Et pourtant, presque simultanément, quelque chose les pousse à abandonner leur quotidien pour rejoindre le Clos de l’Empereur, à Waterloo.
Une sacrée coïncidence.
Sauf que nos cinq nouveaux voisins découvrent rapidement quelques similitudes légèrement embarrassantes : un passé militaire, des traumatismes, de violentes migraines…
Et surtout cette impression commune.
Ils n’ont pas réellement décidé de venir.
Ils ont été appelés.
Pendant ce temps, à Washington, au cœur de la DARPA, la Defense Advanced Research Projects Agency, une alerte vient de s’allumer.
Un ancien volontaire d’un programme expérimental consacré à la gestion des traumatismes de guerre a déserté.
L’enquête est confiée à la commandante Waya Wings, cheffe de la sécurité de l’agence. Méthodique, intègre et tenace, elle comprend rapidement qu’elle n’est pas simplement à la recherche d’un militaire en fuite.
Quelque chose s’est déclenché. Quelque chose relie ces cinq personnes. Et nous, évidemment, on veut savoir quoi.
« Treize heures plus tard, le Boeing 747 d’United Airlines assurant la liaison directe Chicago – Bruxelles avait atteint son altitude et sa vitesse de croisière. »
Yves Sente est scénariste. Et ça se voit.
Mais dans le bon sens.
Yves Sente écrit en images. Les scènes sont visuelles, les changements de point de vue donnent du rythme et les informations arrivent suffisamment vite pour nourrir notre curiosité… mais jamais assez pour la satisfaire complètement.
Merci Yves.
Faux-semblants, manipulations, services secrets, expériences neurologiques, traumatismes de guerre et soupçon d’« homme augmenté » : L’Expérience Pentagramme possède tous les ingrédients du thriller scientifique et d’espionnage.
Et la mécanique fonctionne. Très bien même.
Le roman est nerveux, fluide et surtout terriblement addictif.
Vous connaissez cette immense escroquerie que l’on se raconte le soir ?
Encore un chapitre et j’arrête.
On tourne les pages comme on accélère sur une autoroute américaine : on sait qu’il faudrait probablement lever le pied…
mais maintenant qu’on est lancé.
Waya Wings, j’en voulais plus !
Parmi les personnages, Waya Wings est clairement celle qui m’a le plus accroché.
Droite dans ses bottes militaires, déterminée et peu impressionnée par les pressions hiérarchiques, elle m’a parfois fait penser à une sorte de Jack Reacher au féminin.
Elle avance. Elle cherche. Elle pose les questions que certains préféreraient ne surtout pas entendre.
Seulement voilà…
j’en voulais davantage.
J’ai parfois eu l’impression qu’elle restait trop en retrait alors qu’elle possède tout pour devenir l’un des personnages forts de cet univers.
« Quand les scientifiques du Pentagone dérapent, c’est à moi qu’on fait appel »
Autour d’elle, heureusement, les personnages ne sont pas lisses. Chacun transporte ses blessures, ses traumatismes et ses secrets. Parce qu’un thriller où tout le monde va bien serait tout de suite moins pratique.
Tout fonctionne… peut-être un peu trop bien
C’est finalement mon principal bémol.
Si vous avez déjà dévoré quelques thrillers anglo-saxons, vous reconnaîtrez rapidement le terrain : services secrets, programme expérimental, manipulations, hiérarchie peu pressée de voir certaines vérités sortir au grand jour…
On connaît la boutique.
Yves Sente ne révolutionne pas les codes du genre. Il les maîtrise.
J’aurais également aimé qu’il creuse davantage les questions fascinantes qu’il soulève autour de la manipulation mentale et de l’être humain augmenté.
À partir de quand soigne-t-on quelqu’un ?
À partir de quand commence-t-on à le modifier ?
Le roman installe le malaise, mais préfère généralement repartir vers l’action plutôt que de s’attarder sur la question.
Et puis il y a cette fin.
Sans spoiler, j’ai senti le roman accélérer et certaines pièces commencer à se mettre en place pour…
la suite.
Je l’ai vue arriver au loin. Et oui, Yves Sente est scénariste.
On ne le refait pas !
Mais cette préparation m’a légèrement dérangé. J’aurais préféré refermer ce premier roman avec le sentiment d’une aventure totalement bouclée avant qu’on commence déjà à regarder vers la suivante.
Rien de rédhibitoire.
Juste un petit goût de « j’aurais bien repris quelques pages ».
Fritométriquement parlant
Intrigue
🍟🍟🍟🍟🍟
4/5
Personnages
🍟🍟🍟🍟🍟
4/5
Écriture
🍟🍟🍟🍟🍟
4/5
Émotion
🍟🍟🍟🍟🍟
3/5
Addiction
🍟🍟🍟🍟🍟
5/5
20frites sur 25
Le cornet s’est vidé beaucoup trop vite !
Alors, on lit ?
Oui.
L’Expérience Pentagramme est un vrai page-turner : efficace, visuel, nerveux et suffisamment mystérieux pour vous attraper dès les premières pages.
J’aurais voulu davantage de Waya Wings, un peu plus d’audace dans certains codes du thriller et une réflexion plus profonde sur les questions éthiques que le roman soulève.
Mais malgré ça ?
J’ai dévoré le bouquin et ce livre a été à la troisième place du prix des lecteurs Club – Thriller 2025
Et vous ?
Si demain matin une voix intérieure vous demandait de tout quitter pour aller vivre à Waterloo…
vous faites vos valises ou vous prenez rendez-vous chez le médecin ?