Adeline Dieudonné m’invite « Dans la Jungle », et je m’y suis un peu perdu.
Il y a des livres que je ressens immédiatement. Et puis il y a ceux que je regarde presque de l’extérieur. Dans la jungled’Adeline Dieudonné s’est installé entre les deux, dans une zone étrange où je comprenais tout… sans jamais être totalement emporté.

Dès le départ, le roman ne cherche pas à cacher quoi que ce soit. Arnaud a tué Aurélie, leurs deux enfants, avant de se suicider. Tout est posé. Alors je me suis accroché à cette promesse : comprendre. Remonter le fil. Voir comment on en arrive là. Et très vite, j’ai senti que j’allais assister à quelque chose de construit, de précis, presque méthodique.
On rêve toujours de ce que l’on n’a pas et pour finir la réalité déçoit.
Dans la jungle – Adeline Deieudonné – Ed. L’iconoclaste
C’est ça qui m’a marqué pendant toute ma lecture. Cette impression d’être toujours un pas en avance, ou peut-être simplement au même niveau que le texte, jamais en dessous. Je comprenais les mécanismes, les glissements, les petits riens qui s’accumulent. Un mot de trop. Un silence. Une tension qui s’installe. Tout était lisible. Tout était clair.
Mais je ne vivais pas vraiment ces moments. Je les observais.
Je pense que l’arc narratif était connu et je crois que j’avais « Chanson douce » qui trainait un peu dans un tiroir mental. Dès lors, cette surprise ne m’a pas vraiment percuté !
Comme si j’étais derrière une vitre, à regarder une tempête se former. Je voyais les nuages s’amonceler, je comprenais qu’ils allaient éclater… mais je ne recevais pas la pluie.
Et pourtant, j’ai senti à quel point le roman est travaillé. Cette manière de s’attarder sur les détails, de construire une ambiance à partir de gestes anodins, de laisser les choses s’installer sans jamais forcer. Il y a une vraie maîtrise dans la façon dont tout se met en place. Une mécanique discrète, mais solide, qui avance sans bruit.
On traque les détails tant dans les situation, les gestes, les objets. Mais aussi les petits mensonges qui font effet boule de neige. Et ça rend les tensions réelles, mais
De retour dans la cuisine elle vit qu’elle avait un message de sa mère, Suzanne venait aux nouvelles, demandait comment se passaient les vacances.
Dans la jungle – Adeline Deieudonné – Ed. L’iconoclaste
J’ai aussi été touché par ce cadre très belge, très reconnaissable, presque familier. Cette bourgeoisie tranquille (PS : moi aussi j’ai un petit « de »…c’est faux, j’en ai 2), ces vies bien rangées, ces façades qui tiennent debout coûte que coûte. Il y a quelque chose de juste là-dedans, quelque chose qui parle sans en faire trop.
Et au milieu de tout ça, il y a cette lente dérive. Cette histoire qui bascule sans jamais vraiment exploser. J’ai compris ce que le texte voulait me faire ressentir. Je voyais les signes, je les accumulais, je les analysais presque malgré moi.
Mais ça restait à la surface… et c’est assez paradoxal car le roman n’est pas mauvais en soit !
Je n’ai jamais eu cette sensation d’être happé, de retenir mon souffle, de tourner les pages avec urgence. J’avançais, simplement. Présent, mais pas immergé.
Alors forcément, je me suis interrogé. Pas sur le livre, mais sur moi. Sur ce moment de lecture. Sur cette disponibilité que je n’avais peut-être pas complètement. Parce que c’est le genre de roman qui demande de l’attention, de la finesse, une forme d’abandon aussi. Et peut-être que je n’étais pas prêt à ça.
Arnaud essayait à nouveau de la joindre, elle rejeta l’appel. Soudain elle perçut le bruit d’un moteur derrière le crépitement de la pluie; Une voiture de pompier apparut dans l’allée, elle s’élança à sa rencontre.
Dans la jungle – Adeline Deieudonné – Ed. L’iconoclaste
Du coup, j’ai traversé l’histoire sans m’y perdre. Mais je le répète, c’est assez paradoxal de trouver un roman bon dans le sens littéraire du terme, mais de ne pas en profiter pleinement.
Je garde en tête une écriture précise, une construction maîtrisée, une volonté claire de décortiquer quelque chose de profondément humain et dérangeant. Je garde aussi cette impression étrange d’avoir tout compris… sans avoir été renversé.
Ce n’est pas un roman que j’ai rejeté. Ce n’est pas un roman qui m’a marqué profondément non plus.
Aussi, je tiens à dire (ou redire) que ces bandeaux sont un horrible paradoxe. Ici, le « Féroce et addictif » est tel un biais de confirmation auquel on s’attend à plonger. Sauf qui c’est pas le cas…est-ce le lecteur le problème ou le marketing qui a eu raison de nous ?

C’est un roman qui est passé. Voilà…mais pas mis de côté.
Et parfois, lire, c’est aussi ça : frôler un livre sans qu’il nous traverse vraiment. C’est à mon sens une invitation à le relire…quand les tracas du quotidien m’auront quitté !