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Dérives-sur-Sambre : quand les Harley font trembler Charleroi

Couverture de Dérives-sur-Sambre
LE LIVRE AU COMPTOIRUn bon moment

Dérives-sur-Sambre

Armand Gabriel

Academia · Polar · 2026 · 195 pages · Littérature Belge · Adulte

À lire si vous aimez : les polars, les romans noirs, les ambiances urbaines, découvrir Charleroi autrement

La Quatrième

Carla Michetti est une jeune femme comme il en existe tant d’autres, à la différence qu’elle n’exerce pas un métier banal. L’aventure, le goût du risque ont pris le pas sur la normalité d’une vie qu’elle n’a jamais souhaitée formatée.
Son job d’enquêtrice est devenu une passion dévorante, au point que la jeune recrue ambitionne de gravir les échelons à la vitesse du son.

En parfaite tête brûlée, Carla se retrouve plongée en solo au cœur de la pègre carolorégienne dans une enquête aux confins de la légalité, mêlant trafics en tous genres, meurtres et bikers déjantés.
Oui, mais voilà, quand on tire le fil de ce genre d’affaire, on ne sait jamais ce qui va vous exploser à la figure.
Il arrive parfois que l’on réveille un monstre. Mais lorsque ce genre de monstre glorifie en plus un dieu abject, l’enfer ouvre grand ses portes… Un polar à la sauce belge qui vous plongera au cœur du milieu criminel carolo comme si vous y étiez.

Depuis que le monde est monde, les criminels s’essoufflent, quitte à en cracher leurs poumons, dans un jeu de cache-cache grandeur nature avec les représentants de l’ordre

Dérives-sur-Sambre – Armand Gabriel – Academia

L’Article sur deux roues

Charleroi. Ses terrils, ses friches industrielles, son passé minier, sa pluie… parce qu’on est quand même en Belgique, faut pas déconner !

Ajoutez à cela un clan de bikers, du trafic de drogue, des armes, quelques cadavres et une jeune flic qui a la fâcheuse tendance à mettre son nez là où on lui demande précisément de ne pas le mettre (je ne parle pas de la poudreuse..quoi que !).

Je tiens à vous prévenir, la suite de ces lignes n’a rien a voir avec l’office du tourisme, Armand Gabriel (l’auteur) ne fait pas visiter Charleroi. Il vous la fait vivre !

Mesdames et Messieurs, l’auteur !

Une jeune flic qui veut faire ses preuves

Carla Michetti est une jeune flic et à 23 ans, elle a seulement dix-huit mois de métier derrière elle. Elle montre qu’elle est ambitieuse. Très ambitieuse! Peut-être même un peu trop !

Elle ne rêve pas de passer ses journées à dresser des procès-verbaux ni à faire la circulation.
Elle veut de l’action, du terrain : enquêter, intégrer un service de recherche, résoudre de vraies affaires et, surtout, prouver qu’elle en est capable.
Le problème, elle possède également une légère tendance à n’en faire qu’à sa tête…

Tout commence avec le meurtre d’un ancien braqueur retrouvé sur un terrain vague, au milieu d’une ancienne zone minière.
Cela peut sembler banal…pour un flic dans un polar, à Charleroi ! (même si ça fait déjà beaucoup !)

Sur place, notre jeune inspectrice remarque quelque chose, ou plutôt quelqu’un : un motard. Une présence qui semblait intéressée et non une coïncidence.

Elle remarque cette silouhaite une fois, puis une seconde… et forcément, quand on est curieuse, ambitieuse et qu’on veut montrer qu’on en a dans le slip (c’est une expression, hein !), on ne laisse pas tomber ce genre de détail.
Alors Carla creuse, mais peut-être un peu trop.

Carla serra le poing, elle venait de marquer un point. Une ampoule s’éclairait dans son esprit. Ce flic de la Police des Chemin de fer était à minima un sympathisant de cette drôle de fratrie, que l’on pouvait taxer d’organisation criminelle.

Dérives-sur-Sambre – Armand Gabriel – Academia

Bienvenue dans la pègre carolo

Son enquête va progressivement l’entraîner dans un monde où se croisent bikers, trafiquants, armes, drogue et règlements de comptes.
Et pendant que Carla remonte la piste, nous découvrons également l’autre côté du miroir : celui des criminels.

Parmi eux, un certain Ice, qui fait parti du groupe de biker « Les Miners », qui aimerait bien prendre un peu plus de place dans la hiérarchie locale, et Pablo Carolo, sorte de parrain du milieu qui n’a pas franchement l’intention de lui laisser son fauteuil.
On est loin des Outlaws et des Hells Angels, mais dans un groupe de motard local qui montrent qu’ils ont le territoire!

Armand Gabriel alterne l’enquêtrice et la pègre. Il tenait à ce qu’on ne découvre pas uniquement l’enquête depuis les yeux de cette jeune femme. On entre également dans les rapports de force, dans les rivalités et les petites guerres de pouvoir du milieu criminel.
Et forcément, à un moment donné, ces deux mondes vont finir par se rencontrer et c’est là que ça risque de faire quelques étincelles.

Charleroi n’est pas qu’un décor

Charleroi existe vraiment dans Dérives-sur-Sambre.
Pour un biker, la route est un terrain de liberté, presque un lieu de vie.
Pour une jeune policière comme Carla, la rue est au contraire l’endroit où elle exerce son autorité, où elle observe, intervient et tente de faire respecter la loi.
Deux manières d’occuper la même ville qui finissent forcément par se confronter.

Charleroi n’est donc pas simplement présent pour choisir une ville au hasard mais parce que l’auteur l’utilise et cite quelques endroits pour donner une couleur locale à son histoire, et fait vivres ces couleurs pour en créer une réelle ambiance.

Son passé industriel, ses anciennes zones minières, ses friches, ses hangars, cette impression de grandeur passée qui laisse encore des traces dans le paysage…
Et ça marche avec le polar.

Évidemment, réduire Charleroi à ses friches et à sa criminalité serait particulièrement injuste pour une ville qui s’est énormément transformée.
Mais pour un roman noir ? Pourquoi pas…parce que l’idée est excellente !

Ça marche, non ?

Avouez que les anciens paysages industriels carolos ont quand même une sacrée gueule. Et quand on connaît un peu la région, on prend forcément un plaisir supplémentaire à reconnaître cette atmosphère.
Et puis, pourquoi pas aller revivre les scènes du livre sur place et découvrir un décor que la littérature belge n’exploite finalement pas si souvent.

Carla Michetti, un flic qui aime la justice

Et au milieu de tout cela, il y a Carla.
Elle est jeune, ambitieuse, déterminée et profondément attachée à son métier et à sa ville.
Elle veut rendre justice, comprendre et pou cela est prête à aller jusqu’au bout. Quitte même à franchir certaines limites.
Je vous avoue que j’aurais aimé qu’elle le fasse autrement. Mais disons que l’auteur à de l’ambition et qu’il semble bien connaître le milieu… mais justement, j’aurais aimé avoir une Carla un poil plus sauvage sur certain points.

Parce que Carla n’est pas exactement du genre à attendre gentiment dans son coin lorsque sa hiérarchie lui demande de ne plus s’occuper d’une affaire. Elle prend le taureau par les cornes.
Quand on lui dit non, elle comprend l’inverse…vous comprenez ?

Cette obstination la rend attachante, mais pose également l’une des questions intéressantes du roman : jusqu’où peut-on aller au nom de la justice ?
A force de vouloir faire tomber les mauvaises personnes, Carla va parfois s’approcher dangereusement de cette frontière qu’elle cherche justement à défendre. (C’est ça qu’on veut, c’est certain).
mais je vous avoue que je l’ai trouvé parfois trop propre !

Une dizaine de secondes s’écroulèrent avant que le ballet des lampes surpuissantes entre en scène. Celles-ci se figèrent rapidement sur son Eastpack couleur camouflage. Le décor était sur le point d’être passé au peigne fin par les artistes aux manières peu académiques.

Dérives-sur-Sambre – Armand Gabriel – Academia

Tout au long du roman, Armand Gabriel fait évoluer sa jeune inspectrice. De la fille un peu trop propre sur elle à celle qui apprend à s’émanciper, Carla se transforme au fil de l’enquête. Et on sent qu’Armand Gabriel aime son personnage : la manière dont il la construit et la fait grandir ne trompe pas.

Au départ, Carla est encore la jeune flic, carnet à la main, qui veut bien faire et faire ses preuves. Mais très vite, elle range le carnet et décide de foncer, parfois avant même de réfléchir. L’enquête va alors bousculer ses certitudes, la confronter à ses propres limites et l’obliger à évoluer. Elle en ressort plus forte, plus affirmée, mais aussi moins naïve.

Une plume qui m’a parfois perdu

Armand Gabriel a de l’ambition dans son écriture. Il a clairement une personnalité : beaucoup d’images, de sous-entendus, d’expressions locales et de vocabulaire provenant aussi bien du monde policier que de celui des bikers.

L’auteur connaît d’ailleurs particulièrement bien l’univers policier, dans lequel il a baigné durant une grande partie de sa vie, et cela se ressent.
Bien que ça donne une réelle authenticité, c’est justement ça qui m’a un peu perdu. Parce que c’est trop propre.

Les personnages m’ont parfois semblé un peu trop sages, trop poli, notamment du côté des bikers. Je m’attendais à quelque chose de plus brut, de plus marqué… mais je dois aussi reconnaître que c’est un univers que je connais très peu. Mes attentes viennent donc peut-être davantage de l’image que je m’en fais que de la réalité.

Carla, en revanche, possède clairement le potentiel pour devenir un personnage récurrent.
Elle a du caractère, de la vivacité, une vraie personnalité… mais j’ai parfois eu l’impression qu’il lui manquait encore quelque chose pour prendre toute son ampleur.
Peut-être est-ce volontaire, peut-être Armand Gabriel lui réserve-t-il encore quelques évolutions. 
Parce qu’une chose est certaine : j’aurais aimé en voir davantage !

L’auteur aime les belles phrases, c’est indéniable. Il aime travailler ses images, jouer avec les mots, donner du relief à son écriture. Et c’est à souligner.

Mais parfois… ce n’est tout simplement pas nécessaire.

Il arrive que la forme finisse par prendre un peu trop de place et abîme le fond. Certains paragraphes nous éloignent de l’intrigue sans forcément lui apporter grand-chose et, pour ma part, j’ai parfois perdu le fil. On revient quelques lignes en arrière, on reprend l’histoire là où on l’avait laissée… et il faut se remettre dedans.

Ceci dit, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit !

Dérives-sur-Sambre possède aussi des passages qui vous accrochent véritablement et où les pages défilent. Le rythme est simplement assez irrégulier : certaines parties sont particulièrement prenantes quand d’autres m’ont semblé plus molles. Et malheureusement, ces dernières cassent parfois la dynamique du roman.

Et puis arrivent ces dix dernières pages.

Là, Armand Gabriel va à l’essentiel. Ça avance, ça fonctionne et les pages défilent presque toutes seules. Et moi, j’aime terminer un livre sur une bonne note. Terminer comme ça, c’est quand même la classe !

Car une chose est certaine : Armand Gabriel aime écrire. Il s’implique dans sa plume, cherche l’image, travaille ses phrases et possède déjà une véritable identité. Il lui reste peut-être à trouver le juste équilibre entre cette envie d’écrire et celle de raconter.

Et quelque chose me dit que si il va à l’essentiel,  son prochain roman pourrait bien nous réserver quelques surprises.

Derrière le polar, quelque chose de plus social

Parce que Dérives-sur-Sambre ne se contente pas de raconter une histoire de gentils policiers contre de méchants trafiquants.
Le roman gratte également là où cela fait un peu plus mal.

Il parle de rapports de pouvoir, de harcèlement, de certaines dérives au sein de la police.
Mais également de la frontière qu’on ne l’imagine entre ceux qui font respecter la loi et ceux qui veulent la contourner.

À cela s’ajoute un regard sur une société qui se durcit. Tout n’est pas noir ou blanc.
Et derrière les flingues, les motos et les règlements de comptes se cache un polar qui tente aussi de raconter quelque chose de son époque et de son territoire.

En bref : ce qu’il reste dans le cornet

J’ai passé un bon moment dans une ville à l’identité profonde
Charleroi, son passé industriel et son atmosphère donnent une vraie personnalité au roman, loin des décors habituels du polar.
Une ville où rôde Carla, jeune enquêtrice ambitieuse, déterminée et parfois un peu trop tête brûlée.

Parfois la plume d’Armand Gabriel m’a un peu perdu. Même si parfois trois mots valent mieux que quatre, on peut le dire : il aime écrire et vous emporter dans son univers.

Une fois plongé dedans, ça fonctionne : un polar belge, parfois sombre, souvent vivant, social et surtout doté d’une vraie identité.
Alors n’hésitez pas, montez sur la Harley!



Intrigue
🍟🍟🍟🍟🍟
4/5
Personnages
🍟🍟🍟🍟🍟
3/5
Écriture
🍟🍟🍟🍟🍟
3/5
Émotion
🍟🍟🍟🍟🍟
3/5
Addiction
🍟🍟🍟🍟🍟
3/5
16frites sur 25

J’aurais aimé que ça pique un peu plus, mais la sauce est pas mal !

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