Les chroniques sauces à part,  Les chroniques super nuggets

Paris 2119 — Et si le métro devenait un acte de résistance ?

Couverture de Paris 2119
LE LIVRE AU COMPTOIRBon moment

Paris 2119

ZEP

Rue des Sèvres · 2019 · 88 pages · Tous

À lire si vous aimez : Paris, les récits d’anticipation, les dystopies technologiques

Résumé

Paris, nous sommes en 2119, l’ambiance est futuriste mais quelques éléments du XXIème siècle perdurent. Le métro existe encore mais la plupart des personnes préfèrent se téléporter via la cabine « Transcore «. Tout un chacun est systématiquement scanné et reconnu dans les espaces publics et privés. Les clones, les drones et les hologrammes sont monnaie courante. Tristan Keys vit dans ce monde dont il rejette le plus possible la numérisation.
Tel un marginal, il continue à prendre le métro, à marcher dans les rues, à l’inverse, sa compagne Kloé est une adepte des déplacements inter-continents via le Transcore. Au cours de ses déplacements à pieds, il constate assez vite des comportements préoccupants, des situations anormales. Que se passe-t-il vraiment dans ce Transcore ? Est-ce une simple téléportation pour ses utilisateurs ?

La Chronique

Imaginez Paris dans un siècle.

Les embouteillages ? Terminés.
Les trains en retard ? Un lointain souvenir.
Les correspondances ratées ? Une légende racontée aux enfants avant de dormir.

En 2119, on ne prend presque plus le métro. On se téléporte.

Bienvenue dans Paris 2119, la bande dessinée de Zep et Dominique Bertail, publiée chez Rue de Sèvres.

Et derrière cette idée de science-fiction particulièrement séduisante se cache une question finalement très actuelle : jusqu’où sommes-nous prêts à faire confiance à une technologie simplement parce que tout le monde l’utilise ?

Paris, terminus 2119

Dans le Paris imaginé par Zep et Bertail, le Transcore a bouleversé notre manière de nous déplacer.

Des cabines permettent désormais de parcourir des centaines de kilomètres en quelques secondes. On entre d’un côté, on ressort de l’autre. Simple, rapide, efficace.

Sauf pour Tristan.

Lui continue à marcher. Il emprunte encore le métro. Il préfère sentir la ville sous ses pieds plutôt que de confier son corps à une machine dont personne ne semble réellement remettre le fonctionnement en question.

Dans cette société où le progrès est devenu une évidence, son comportement paraît presque anormal.

Et lorsqu’il commence justement à s’interroger sur le Transcore, les choses deviennent beaucoup plus intéressantes.

Parce que lorsqu’une technologie devient indispensable à toute une société, que se passe-t-il lorsque quelqu’un décide de ne plus lui faire confiance ?

De la science-fiction… mais pas tant que ça

C’est probablement ce que j’aime le plus dans Paris 2119.

Nous sommes en 2119, mais les questions posées appartiennent déjà à notre époque.

Nous acceptons quotidiennement des technologies dont nous ne comprenons pas forcément le fonctionnement. Nous leur confions nos déplacements, nos souvenirs, nos conversations, nos données et parfois une partie de nos décisions.

Pourquoi ?

Parce que ça fonctionne.

Et surtout parce que tout le monde le fait.

Le Transcore pousse simplement cette logique beaucoup plus loin.

Zep construit alors un récit d’anticipation qui flirte progressivement avec la dystopie. Derrière cette société confortable apparaît quelque chose de beaucoup moins rassurant : la surveillance, le contrôle et la difficulté de penser autrement lorsque la majorité a déjà accepté le système.

Tristan n’est donc pas seulement nostalgique.

Dans ce monde-là, prendre le métro devient presque un acte de résistance.

Un Paris magnifique… et inquiétant

Et puis il y a le dessin de Dominique Bertail.

Parce que Paris 2119, c’est aussi — et peut-être surtout — une ambiance.

Paris se couvre de bleu, de gris et d’ombres. La ville paraît familière et pourtant suffisamment différente pour provoquer immédiatement cette sensation étrange propre aux bons récits d’anticipation : on reconnaît notre monde, mais quelque chose ne tourne plus tout à fait rond.

Le dessin apporte énormément au scénario de Zep.

Il y a de l’élégance dans les planches, mais également une certaine froideur. La technologie semble avoir facilité la vie tout en retirant quelque chose à la ville.

On traverse alors cette capitale du XXIIe siècle avec Tristan, presque avec la même curiosité que lui.

Et c’est probablement mon petit regret.

J’aurais aimé en voir davantage.

Davantage de Paris. Davantage de 2119. Davantage de quotidien.

Le titre promet une ville et une époque. Le récit, lui, se concentre surtout sur le Transcore et ses conséquences.

Au point qu’un titre comme Transcore aurait presque pu fonctionner tout aussi bien.

Une BD qui se dévore peut-être un peu trop vite

Il n’y a pratiquement aucun temps mort.

On ouvre la BD, on entre dans le métro avec Tristan et, quelques stations plus tard, on réalise qu’on vient déjà de tourner la dernière page.

C’est fluide, accessible et suffisamment mystérieux pour donner constamment envie de connaître la suite.

Peut-être même un peu trop.

Parce que cet univers possède suffisamment de matière pour être davantage développé. Certaines idées auraient mérité quelques dizaines de pages supplémentaires pour respirer.

Et puis arrive cette fin.

Elle peut sembler abrupte au premier abord.

C’était déjà mon sentiment lors de ma première lecture en 2019.

Mais avec un peu de recul, je la trouve finalement assez cohérente avec le reste du récit. Elle ne cherche pas nécessairement à tout expliquer. Elle laisse une porte ouverte et surtout une petite part d’espoir dans un monde qui semblait progressivement en manquer.

Alors, métro ou téléportation ?

Paris 2119 n’est finalement pas seulement une BD sur le futur.

C’est une BD sur notre fascination pour le progrès.

Sur cette frontière étrange entre le confort que nous offre la technologie et la confiance que nous lui accordons.

Sur notre capacité aussi à continuer à nous poser des questions lorsque tout le monde autour de nous a cessé de le faire.

Et c’est probablement pour cela que, plusieurs années après sa sortie, le récit fonctionne toujours.

En 2019, le Transcore ressemblait à une bonne idée de science-fiction.

Aujourd’hui, dans un monde où l’intelligence artificielle s’installe dans nos téléphones, nos ordinateurs, notre travail et notre quotidien, la question posée par Zep et Bertail résonne peut-être encore davantage :

utiliser une technologie parce qu’elle nous facilite la vie signifie-t-il forcément que nous devons lui faire confiance ?

Personnellement, je veux bien essayer la téléportation.

Mais pour le premier voyage…

Je vous laisse entrer dans la cabine avant moi.

Intrigue
🍟🍟🍟🍟🍟
4/5
Personnages
🍟🍟🍟🍟🍟
4/5
Écriture
🍟🍟🍟🍟🍟
3/5
Émotion
🍟🍟🍟🍟🍟
3/5
Addiction
🍟🍟🍟🍟🍟
4/5
18frites sur 25

Le futur manque un peu de sauce !

Notez ce post

Laisser un commentaire

En savoir plus sur le Belge qui lit

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture