Lovecraft ressurgit des profondeurs : l’incroyable découverte du “Cursed Hotel”

Il y a des histoires qui sentent le canular à plein nez… et puis il y a celles qui vous attrapent doucement, comme un courant invisible, jusqu’à vous faire plonger dans quelque chose de bien réel.

Celle-ci commence de façon presque anodine. Un éditeur belge, Éric Lamiroy, décide un jour de partir à la pêche aux homonymes. Oui, littéralement. Une idée un peu folle, un peu ludique, comme un lancer de ligne dans l’océan des possibles. Et dans cet océan, il remonte un nom : John Lamiroy. Américain. Motard. Rhode Island. Rien, à première vue, qui puisse laisser présager autre chose qu’une conversation sympathique entre deux parfaits inconnus.

Et pourtant.

Les échanges se multiplient, les liens se tissent, et peu à peu, une vérité remonte à la surface : ils sont cousins. Lointains, certes, mais suffisamment pour que l’histoire prenne une tournure inattendue. Comme si, au milieu d’un banc de hasards, une trajectoire se dessinait. Et c’est là que tout bascule.

John travaille bénévolement à l’Université Brown, à Providence. Pour les amateurs de littérature, ce nom résonne immédiatement : Providence, c’est la ville de H. P. Lovecraft. Le berceau d’un imaginaire sombre, tentaculaire, presque abyssal. Dans cette université se trouve l’une des plus grandes collections au monde consacrées à l’auteur. Des lettres, des brouillons, des fragments d’univers… et parfois, des zones d’ombre.

Un jour, presque par hasard, ou par ce genre de destin un peu tordu qui aime jouer avec nous, John tombe sur une vieille caisse. Une caisse oubliée, posée là comme un vestige d’un autre temps. On imagine presque la poussière danser dans la lumière, comme des écailles argentées. Et à l’intérieur… un manuscrit.

Un texte inédit.

Un texte de Lovecraft.

Pendant des années, certains évoquaient son existence comme on parle d’un vieux mythe, d’une rumeur un peu floue, d’un poisson qu’on jure avoir vu mais qu’on ne peut jamais vraiment prouver. Et pourtant, cette fois, il est là. Tangible. Réel. Presque frémissant entre les mains de celui qui le découvre.

Son titre : The Cursed Hotel. – L’hôtel maudit

Une histoire de malédiction, née d’une humiliation, qui s’abat sur un hôtel jusqu’à provoquer sa chute. Une intrigue inspirée de faits réels, écrite vraisemblablement entre 1936 et 1937, peu avant la mort de Lovecraft. Un texte qui, comme un vieux bar caché dans les profondeurs, avait échappé aux regards pendant près d’un siècle.

Et puis, le voilà qui refait surface.

Ce qui rend cette histoire encore plus savoureuse, c’est son retour jusqu’à nous. Le texte étant aujourd’hui libre de droit, il a pu être retraduit par Gorian Delpâture, chroniqueur littéraire bien connu, avec l’accord de l’institution américaine. Résultat : une édition française, portée par un éditeur belge.

Oui, belge.

Comme si toute cette histoire avait suivi un courant bien précis pour revenir là où elle devait être racontée. Comme si, depuis le début, quelque chose nageait sous la surface, attendant le bon moment pour surgir.

Et au fond, c’est peut-être ça, la vraie magie de la littérature. Elle ne disparaît jamais vraiment. Elle se cache. Elle dérive. Elle attend. Comme une anguille insaisissable ou un vieux brochet tapi dans l’ombre, prête à surgir au moment où l’on s’y attend le moins.

Alors on se prend à rêver.

Combien de textes dorment encore quelque part ? Combien d’histoires, oubliées dans des caisses, des greniers ou des archives, attendent qu’un regard curieux — ou un Lamiroy — vienne les réveiller ?

Parfois, il suffit d’un hasard.

Ou d’un hameçon bien lancé.

5/5

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