La saison des pluies : un roman noir belge, de Paul Colize, haletant sur la mémoire et la culpabilité

Mais d’où sort ce livre ?
Fin Février 2026, j’ai vu un poste de Hervé-Chopin Editions annonçant la publication du roman de Paul Colize, dont nous allons parler. Une surprise totale… je ne l’ai pas vu venir !
Si vous me connaissez, il y a quelques auteurs pour qui je lache toute lecture en cours pour m’y jeter dans leur bras. Et Paul Colize en fait parti.

Mr Paul Colize, svp !

Je vais aller droit au but : Ce livre (La saison des pluies, de Paul Colize), vous attrape par le col et vous traîne dans une pièce fermée pour vous dire : « Maintenant, tu écoutes. »
Ce livre s’inscrit clairement dans la même trempe que ses grands romans « Back-Up », « Devant Dieu et les hommes », « un monde merveilleux » ou encore « Toute la violence des hommes ». On parle de l’histoire de la Belgique vu à la sauce Colize. On rentre dans notre histoire comme dans un film. Comme si on remontait le temps. Et surtout : comme si on le redécouvrait !
(OK, pour les puristes, Back-Up c’est discutables, mais j’avais envie de le mettre dans la listes !)

Tout commence pourtant dans un endroit où l’on parle souvent à voix basse : un service de soins palliatifs.
Claire y est bénévole. Dans la vie, elle est coach professionnelle, mère de deux filles, et tente de garder un semblant d’équilibre dans un quotidien un peu bancal, notamment avec un mari plus absorbé par ses écrans et ses cryptomonnaies que par la conversation à table.
Pour garder la tête hors de l’eau, Claire écoute les autres. Les mourants, en particulier.

J’ai servi, Claire.. Et je me suis servi au passage, je le reconnais. Même si je savais au fond de moi que les causes que je défendaient n’étaient pas toujours justes. Jusqu’au jour où j’ai compris que je n’étais qu’un pion.

La saison des pluies – Paul Colize – Hervé Chopin Edition

Et un jour, arrive Théo dans sa vie.
Un patient aussi fermé qu’ un coffre-fort, se taisant avec tout le monde. On sent clairement le mec chaleureux !
Sauf avec Claire. Elle c’est différent, on ne sait pas pourquoi.
Avec elle, il parle. Lentement. Par fragments. Et ce qu’il raconte n’a rien d’une confession tranquille de fin de vie. Théo ouvre une porte vers un passé sombre, très sombre de l’histoire Belge: le Congo à la fin de la colonisation Belge.

Ce qui suit ressemble à une descente progressive dans une mémoire que certains préféreraient laisser enterrée. Violences, opérations militaires, morale douteuse…
Paul Colize ne cherche pas à avoir un roman spectaculaire. Il montre comment des hommes ordinaires peuvent glisser, parfois presque sans s’en rendre compte, vers l’inacceptable.

Et c’est là que le roman devient vraiment intéressant et qu’on le déguste page après page.

Parce que La saison des pluies n’est pas un roman noir classique avec enquête, indices et inspecteurs qui courent dans les rues de Bruxelles.
C’est un roman noir psychologique. Un huis clos entre une femme qui écoute… et un homme qui parle avant de mourir.
On sent l’urgence de la situation, mais la gravité de l’histoire explosant de chapitre en chapitre on espère qu’on prendra son temps, mais sans s’attendre aux terribles choses qui s’annoncent.

Plus Théo se confie, plus Claire est troublée. Pourquoi lui raconte-t-il tout cela à elle ? Pourquoi maintenant ? Et surtout : pourquoi continue-t-elle à revenir écouter ces histoires qui la révulsent autant qu’elles la fascinent ?
Parce que Théo est pas un héros. C’est plus un salaud de l’histoire. Un mec qu’on aime détester… une sorte de confession de la dernière chance.


Le roman alterne entre la chambre d’hôpital et le Congo des années 60. Ce va-et-vient crée une tension étrange, presque hypnotique. Comme Claire, on ressent le besoin de revenir dans cette chambre pour entendre la suite, pour combler les silences et les ellipses du récit. Mais à mesure que les pages tournent, la santé du vieil homme décline. Chaque visite pourrait être la dernière. L’écoute devient alors urgente, presque vitale. Et paradoxalement, plus l’écoute se fait attentive, plus les révélations deviennent terribles. Comme si chaque mot arraché à la mort faisait surgir une nouvelle part d’ombre.

Paul Colize joue aussi avec l’Histoire belge, un terrain qu’il aime explorer dans ses romans.
Ici, il plonge dans une période encore sensible : les dernières années de la présence belge au Congo et les turbulences autour de l’indépendance en 1960. Une époque où politique, intérêts économiques et opérations militaires se mêlaient dans un brouillard moral pas toujours très glorieux.

C’était trop tard pour revenir en arrière. L’indépendance qu’ils avaient voulu ignorer était devenue inévitable.
Les émeutes avaient durer trois jours et trois nuits. Au final le bilan était « raisonnable », les annonces officielles parlaient de 49 morts.
J’en avais tué plus que ça à moi tout seul.

La saison des pluies – Paul Colize – Hervé Chopin Edition

Mais rassurez-vous : on n’est pas dans un cours d’histoire.
L’auteur réussit à intégrer cette matière historique dans un récit très humain, centré sur les personnages comme il l’a fait dans les romans cités plus haut. Claire, fragile mais déterminée, cherche à comprendre ce qu’elle écoute… et peut-être aussi comprendre ce qu’elle est.
Théo, lui, incarne une forme de culpabilité brute, presque dérangeante…une dernière chance avant la monté vers son créateur.

L’écriture est simple, directe, efficace. Pas de fioritures inutiles. Du Paul Colize comme on l’aime. Du moins, comme j’aime m’y plonger !
Les pages défilent vite, et on se surprend à lire un chapitre après l’autre, sans s’en rendre compte…puis un autre !… avant de se rendre compte qu’on est déjà cinquante pages plus loin.

Et puis il y a cette sensation étrange, en refermant le livre : celle d’avoir remué quelque chose. Pas seulement une intrigue, mais un morceau d’Histoire, avec ses zones d’ombre et ses silences.
Telle un roman de Brigitte Guilbau, l’auteur nous questionne à la fin. Pas directement, mais nous interroge moralement à la fin. J’aime particulièrement ce sentiment de questionnement qui nous implique dans la part moderne du récit. Ca montre que, finalement, les choses terribles sont toujours d’application et que la passé ne s’enfouit jamais !

C’est peut-être ça, la vraie force du roman.

Parce qu’au fond, La saison des pluies parle de mémoire. De ces histoires que les générations précédentes ont parfois préféré taire. Et de ce qui arrive quand elles remontent à la surface.

Résultat : un roman noir ntelligent, sombre et prenant, qui prouve encore une fois que la littérature belge sait parfaitement jouer dans la cour des grands, mais pas assez reconnu à son juste niveau.

Nous étions au coeur de la saison des pluies. Une averse venait de s’abattre. Le tarmac était détrempé et luisait sous un ciel bas.
L’odeur chaude et pénétrante de la terre humide flottait dans l’air.
Muta Kawelukulu, le capitaine à qui je répondais…. était posté en retrait avec ses hommes.
Il m’a fait signe de le rejoindre!

La saison des pluies – Paul Colize – Hervé Chopin Edition

Et si vous aimez les romans qui mêlent histoire, psychologie et tension narrative… préparez-vous à passer quelques heures dans la chambre d’hôpital de Théo.
Parce que quan vous y rentrez, vous risquez de ne plus vouloir en sortir !

Et comme toujours ici : lire belge, c’est aussi regarder notre histoire en face… même quand elle gratte un peu. Alors « Lisez du Belge, Bordel ! »

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