“L’école, c’était mieux avant” : Dominique Watrin prouve le contraire (et on rit beaucoup)

Il existe des phrases indéboulonnables.
Des phrases qui survivent aux générations, aux crises économiques et aux réformes scolaires. « On mangeait mieux avant », « les étés étaient plus chauds » et, dans le top 3 : « l’école, c’était mieux avant ».
Une phrase généralement prononcée avec un soupir satisfait, comme si la craie parfumée à l’amiante et les bancs en bois avaient, à eux seuls, forgé des générations de prix Nobel.

Et puis arrive L’école, c’était mieux avant… sauf pour les enfants qui y étaient !, de Dominique Watrin, publié aux éditions du Basson.
Et là, tout vacille. Pas dans un grand fracas dramatique, non. Plutôt dans un éclat de rire. Franc. Sonore. Parfois accompagné d’un petit « aïe » rétrospectif.

Et Dominique, si tu passes par là, merci d’avoir parlé des HPI actuels ! Ça fait du bien de les remettre en place.

Je le jure sur la tête de tous mes cahiers, j’étais un surdoué précoce de l’écriture de médecin. J’aurais dû apprendre à écrire sur des ordonnances, on aurait crié au génie. Au lieu de cela, l’étiquette qui m’a été accolée durant toute ma scolarité a été « pattes de mouche ». « Encore tes pattes de mouche ! », etc. J’aurais pu faire toutes mes classes en n’articulant que des bzzz, bzzz, bzzz, ça n’aurait choqué personne.

L’ÉCOLE, C’ÉTAIT MIEUX AVANT – DOMINIQUE WATRIN – EDITION DU BASSON

Quand la nostalgie a la mémoire sélective

Oui, l’école d’autrefois était plus stricte. Plus cadrée. Plus autoritaire. Ça, on le sait. On nous l’a répété. On nous l’a même vendu comme une preuve de qualité pédagogique. Mais était-elle meilleure ?
Dominique Watrin pose la question avec un calme presque suspect, puis laisse les souvenirs répondre à sa place.

Et les souvenirs, eux, sont très bavards?
Ils parlent de poux plus nombreux que les élèves, de visites médicales vécues comme des contrôles douaniers, de cuti mystérieuse, de toilettes scolaires que même Indiana Jones aurait évitées, et de professeurs de gymnastique qui entretenaient leur souffle à coups de cigarettes, immobiles, persuadés que la pédagogie passive était une discipline olympique.

Tout cela est raconté sans colère, sans règlements de comptes, et c’est précisément ce qui rend le livre redoutable. Dominique Watrin observe, décrit, se souvient… et transforme ces fragments d’enfance en scènes d’une drôlerie désarmante. On rit souvent. Très souvent. Parfois si fort qu’un postillon s’échappe, preuve scientifique que ce livre n’est pas compatible avec une lecture digne.

Cinquante chroniques, zéro nostalgie mal placée

Le livre se compose de cinquante chroniques, cinquante tableaux noirs — noirs, forcément — qui surgissent comme des flashs de mémoire. Chaque texte est court, précis, chirurgical. Deux ou trois pages suffisent pour déclencher ce réflexe étrange : sourire, hocher la tête, puis murmurer « ah oui… c’est vrai ça », avant d’ajouter intérieurement « mais comment a-t-on trouvé ça normal ? ».

La proclamation des prix, par exemple. Ce grand moment de célébration collective, sauf pour la majorité silencieuse qui applaudissait poliment en comprenant très tôt la notion d’échec social. Les bricolages de fête des pères, offerts avec le sourire et la honte mêlés. Les punitions humiliantes, les injustices assumées, les adultes convaincus que « ça forge le caractère » — surtout chez les autres.

Et c’est là que le livre devient presque d’utilité publique. Il ne sermonne pas. Il n’explique pas. Il montre. Il fait rire. Et pendant qu’on rit, une petite pensée s’installe : ah oui, quand même !

La rumeur (le prof de sport) courait que c’était un militaire transféré en ligne directe de l’armée. J’ignore si c’était le cas, mais il avait toutes les caractéristiques du bidasse qui a une ration de survie dans une gamelle en fer blanc à la place du cerveau.

L’école, c’était mieux avant – Dominique Watrin – Edition du basson

Un humour à la belge : élégant, cruel et très efficace

Journaliste, comédien et chroniqueur radio, Dominique Watrin possède une plume immédiatement reconnaissable. Une écriture rythmée, truffée de comparaisons improbables, d’images surgies de nulle part, mais toujours d’une précision chirurgicale. Un humour qui n’appuie jamais là où ça fait mal… il se contente de montrer l’endroit, très clairement, en souriant.

Ces chroniques sont mélange rare qui permet de rire tout en sentant que, derrière la blague, il y a quelque chose de profondément vrai. Et légèrement dérangeant.

Une école plus disciplinée… surtout plus dure

Au fil des pages, une évidence s’impose sans brutalité mais sans surprise : l’école d’avant était peut-être plus disciplinée, mais elle était surtout plus brutale, plus injuste et souvent aveugle aux enfants qu’elle prétendait former. Et Dominique Watrin ne tombe jamais dans le piège inverse. Il ne dit pas que tout était mauvais. Il parle aussi de tendresse, de gestes justes, de souvenirs lumineux.

Mais il refuse catégoriquement la carte postale nostalgique. Celle qui gomme les aspérités, polit les angles, et transforme une époque rugueuse en âge d’or imaginaire. Ce qui rend ce sous-titre si parfaitement ciselé : sauf pour les enfants qui y étaient.

Ah les craboutcha !!!

Pourquoi ce livre fonctionne (et tape juste)

Si L’école, c’était mieux avant… sauf pour les enfants qui y étaient ! fonctionne aussi bien, c’est parce qu’il parle à tout le monde.
À ceux qui ont connu cette école et qui se reconnaîtront à chaque page. À ceux qui ne l’ont pas vécue et qui découvriront, parfois médusés, un univers où la peur faisait office de méthode pédagogique. Et à tous ceux qui aiment l’humour intelligent, celui qui pique sans blesser et qui éclaire sans asséner.

C’est un livre qui se lit vite, qui se raconte encore plus vite, et qui donne une furieuse envie de le prêter en disant : « Lis ça, tu vas comprendre ». Avec, toutefois, une précision essentielle : prévois un peu de temps après… pour expliquer pourquoi tu ris autant.

Un livre sérieux, drôle, finement cruel et terriblement bien écrit. Comme un bulletin scolaire qu’on aurait enfin envie de montrer.

Notez ce post

Laisser un commentaire

Prev Post

2025 : une année intense entre livres, scènes, douleurs… et gratitude

01/01/2026

Précdent

Jusqu’ici tout allait bien… et puis la normalité a décidé de partir en vrille

17/01/2026

En savoir plus sur le Belge qui lit

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture