Comme un 25 décembre : ce roman de Noël grinçant qui dit enfin la vérité sur la famille

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Je vais commencer par être honnête : les romans de Noël et moi, on se regarde souvent de loin. Trop de guirlandes, trop de bons sentiments, trop de familles miraculeusement soudées autour d’une dinde. Bref, pas vraiment le reflet de la réalité. Alors quand les éditions M.E.O m’ont envoyé Comme un 25 décembre, j’ai été intrigué. Un roman qui se passe le 25 décembre, oui, mais sans le folklore habituel. Un Noël sans sucre glace. Et ça, forcément, ça donne envie.

Luce Caron

Ici, pas de réveillon du 24, pas de repas familial interminable ni d’échange de cadeaux. Tout le roman se déroule le matin du 25 décembre, pendant que chacun est en route vers la maison familiale. Ce moment précis où l’on a encore la possibilité de faire demi-tour… mais où l’on ne le fait jamais. Parce que la tradition, parce que la famille, parce que « quand même ».

Pourquoi elle tient autant à cette baraque ? Il pourrait l’entretenir un peu au lieu de lambiner! Il suffit que je passe la porte pour avoir envie de me gratter

Comme un 25 décembre – Luce Caron – MEO Edition

Michel, veuf, attend ses trois filles et sa nouvelle compagne, Monique. Rien que cette configuration suffit à créer une tension invisible mais bien présente. Et pendant que chacun avance vers cette réunion imposée, le roman nous donne accès à ce qui se dit rarement à voix haute : les pensées. Les vraies. Celles qu’on garde bien au chaud derrière un sourire poli.

Comme un 25 décembre est un roman choral composé uniquement de monologues intérieurs. Et clairement, personne n’y va avec des pincettes. On juge, on critique, on règle des comptes, on rumine des blessures anciennes ou toutes fraîches. Michel aspire surtout à la paix. Monique arrive avec une bonne volonté presque déplacée. Les filles, elles, sont redoutables de lucidité : Estelle est tranchante, méprisante, sûre d’elle ; Sophie tente de rester douce mais accumule frustrations et renoncements ; et Jeanne, marquée par le deuil récent de sa petite fille, porte un regard d’une brutalité bouleversante sur cette fête censée être joyeuse.

Ma première césarienne, c’était il y a dix-sept piges, il y a prescription, bordel! Ses réflexions sur ma cicatrice, c’est carrément dégueulasse! Il est bien le seul boulet à ne pas me trouver canon….Putain, qu’est-ce qu’il y connait en anatomie ?

Comme un 25 décembre – Luce Caron – MEO Edition

Aucun personnage n’est réellement sympathique. Et c’est précisément ce qui rend le roman si juste. On ne lit pas des archétypes, on lit des êtres humains imparfaits, parfois fatigants, souvent blessés. On sourit, parfois on rit jaune, parce que ce qui se joue ici nous est terriblement familier.

Et puis il y a ce choix narratif brillant : la réunion familiale n’aura jamais lieu dans le roman. Le livre s’arrête avant l’arrivée des invités. À nous d’imaginer la suite. Les embrassades forcées, les phrases maladroites, les silences trop longs, le fameux « Allez, c’est Noël quand même ». Et le lecteur n’a même pas besoin de forcer son imagination. Il sait.

Cette table, vous ne la verrez pas !

Sous son humour grinçant, Comme un 25 décembre est une véritable comédie poignante. Un roman qui parle de famille, de deuil, de solitude et de non-dits, sans jamais tomber dans le pathos ni dans la caricature. Luce Caron écrit simplement, efficacement, sans chercher à embellir. Noël n’est pas ici une parenthèse enchantée, mais un miroir parfois cruel de ce que nous sommes et de ce que nous n’osons pas nous dire.

J’espère qu’il n’aura pas acheté le foie gras au supermarché. Plein de bons sentiments, il pense nous faire plaisir. Fffffff…quand je vois ce lingot rose pâle, bien moulé, bien lisse, parfaitement rectangulaire, je ne peux m’empêcher de verser une larme à la mémoire de ces pauvres canards gavés à l’entonnoir.

Comme un 25 décembre – Luce Caron – MEO Edition

C’est un roman de Noël pour celles et ceux qui n’aiment pas les Noëls parfaits. Un livre piquant, lucide, profondément humain, qui fait autant sourire qu’il dérange. À lire pendant les fêtes, ou juste après, quand le sapin commence à perdre ses aiguilles et que la réalité reprend ses droits.

Et comme toujours, je le rappelle : lire du Belge, c’est bon pour la santé. Même quand ça pique un peu sous le pull de Noël. 🇧🇪📖

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